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Casanova-Tatone, 8 octobre

Après quelques kilomètres et une heure de marche, nous entrons dans la ville de Venaco. Deux femmes sont assises devant un bar : Xavière, environ 45ans, patronne du bar Le Central, et Marie-Camille, 30ans, aide-soignante à Tatone. Elles nous proposent de prendre un café. Jean entre dans le bar, puis explique sa démarche. Il demande à Xavière : « et sinon, ça marche ici ? »

Xavière : « On se plaint pas, on a du monde, on est en bonne santé. Il y a environ 600 personnes à l’année dans le village. L’été, nous sommes beaucoup plus, avec le retour dans les maisons familiales. Dans ce bar, on parle beaucoup belotte, ce sont des acharnés ici. C’est la vraie vie. Moi je vous connais, et vous m’inspirez quelque chose de bon. Vous êtes dans l’authenticité.

Jean : « Merci, cela m’encourage. Et j’en ai besoin. » Il explique et présente sa démarche.

Xavière réagit : « Vaste programme, et vaste challenge. » Puis elle engage sur la politique locale corse : « Ici on ne fait pas de la politique, on fait de la petite. Et parfois elle est emmerdante. Elle est corsée, si je peux dire. Ça ferait s’entretuer un frère et une sœur. Vous on comprend en tout cas ce que vous voulez. Ici la politique se transmet de génération en génération. Ça crée beaucoup de problèmes. »

Jean vide son café, salue ces deux hôtes, puis quitte le café en direction du col.

A la sortie de Venaco, Jean Pierre, élu du village de Moltifao, à la retraite, vient à notre rencontre. Jean lui demande sa vision du pays : « Tout en étant républicain, je suis régionaliste. On perd notre identité. » Jean lui répond et prend l’exemple de cette femme alsacienne, ses doutes, et la réaction de sa famille.

A ce moment, une voiture s’arrête : Une femme, Carole, qui travaille au Conseil Général, et son mari, Pierre, retraité, sortent, ils sont originaire d’Oloron, et sont en vacances en Corse. Ils se saluent, puis Jean Pierre continue son propos : « Si les gens vont au FN, c'est parce qu'ils veulent de l’ordre. C’est normal ! »

La femme d’Oloron : « Mais pourquoi les gens veulent-ils les extrêmes ?

Jean Pierre : « Regardez un peu le millefeuille. Les gens, ils ne comprennent pas que le retraité ayant cotisé toute sa vie reçoive moins que l’étranger qui vient d’arriver en France. Les gens veulent de l’ordre, voilà tout. »

Les deux parties haussent le ton. Jean intervient : « Moi j’écoute, je ne veux pas que les gens se taisent. On ne peut pas ne pas tenir compte de ce qu’ils disent. Mais attention ! Je leur dit : que voulez vous pour vos enfants ? »

Jean Pierre : « Oui, d’accord, mais il faudrait qu’on nous écoute encore ! »

Carole : « Oui, mais nous n’avons pas que des problèmes d’ordre. L’écologie par exemple doit être un secteur d’avenir. Mais personne ne veut perdre ce qu’il a. Regardez le nombre d’automobiles qui circulent pendant que l’on discute. »

Jean, après quelques échanges supplémentaires : « Les démocraties ne savent tout bonnement pas se défendre. Mais bon, il faudrait dire les choses. Il faut dans un premier temps laisser parler les gens et les écouter. » Jean les salue, leur recommande de s’exprimer dans les cahiers de l’espoir, puis reprend sa route.

Nous sortons de Venaco, puis 20minutes plus tard, une voiture s’arrête et se gare sur le bas côté. Vincent, gendarme en Corse pendant 15ans, originaire des Pyrénées. Il nous a vu à Ponte Leccia déjà. « Vous êtes un sacré personnage vous, il n’y en a pas à chaque coin de quartier. » Ils discutent tous deux, puis Vincent dit : « les meilleurs fromages sont dans le coin. Mais c’est interdit de les vendre à cause de normes européennes. C’est quoi ça, hein ?! »

Un peu plus loin, nous croisons une camionnette et plusieurs ouvriers s’affairant sur un chantier au bord de la nationale. Michel, patron : « J’ai 8 à 10 ouvriers. Mais ça marche plus. Il y a beaucoup de travail au noir qui me prend les marchés. Les gens n’ont plus d’argent et avec les tva et taxes qui augmentent, il font faire leurs travaux au noir. Ce n’est pas normal toutes ces taxes. Mais bon, je m’accroche. Cela fait quarante ans que je m’accroche. »

Plusieurs personnes klaxonnent sur les kilomètres suivants. Nous entrons vers 18h dans le village de Vivario. Jean s’arrête dans un bar, se change et discute beaucoup avec les villageois. Nous repartons 1h plus tard, vers 19h. Nous escaladons les quelques kilomètres qui nous séparent encore de Tatone. A l’entrée de Tatone, nous montons dans un camion car la voiture qui devait nous emmener est bloquée dans les embouteillages à Bastia. Nous arrivons pile à l’heure devant la mairie de Corte pour le début de la réunion citoyenne. Le lendemain nous serons ramenés à Tatone pour reprendre la marche là où elle s'est arrêtée

Casanova-Tatone, 8 octobre
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