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Réunion citoyenne à Corte, 8 octobre

Nous étions passés à Corte la veille et nous avions prévu d'y revenir pour cette réunion citoyenne.

Jean : « Je savais que Corte constituerai pour moi un moment très émouvant de mon périple. Je n’ai pas fini, il faut que je continue mon acte, il faut que mon acte continue sur la durée. Cela serait bien dérisoire de dire que je fais changer la situation de mon pays, du monde. D’ailleurs, on m’a fait remarquer sagement que je n’étais pas député européen ou mondial. Cependant je fais ce que je crois qui est bon pour mon pays et pour l’ensemble des français.

Si on regarde l’histoire, on trouve la trace d’hommes et de femmes qui se sont levés, doucement, pacifiquement, pour porter des valeurs. Je suis convaincu que nous pouvons en vous écoutant trouver des solutions à nos problèmes. Je crois que l’on peut dire sans être utopique, qu’un pays grand comme le nôtre, qui a connu tant de haut et tant de bas, pourra et a les forces nécessaires pour se relever. C’est peut être une démarche de longue haleine, mais je suis convaincu que cela peut être un nouveau départ, un réajustement de l’homme à la terre. Et si c’est la France qui donne le signal, et bien tant mieux. Nous étions la cité des droits de l’homme. Quelqu’un a dit, " il n’y a de richesse que d’homme". Je crois qu’il faut s’engager. Enfin, si je prétendais savoir après 4 600km ce qu’il faut faire, je serais un menteur. Mais je crois qu’il nous faut réinjecter l’humain. Nous reconstruirons l’économie lorsque nous nous serons réaccordés sur ce que nous voulons être. »

Jean explique le principe de la réunion, et propose à quelqu’un de prendre la parole. « La première question que je vous pose, comment voyez-vous le pays ? Que faudrait-il faire pour relancer le mouvement ? »

Bastien, retraité de gendarmerie rencontré à Ponte Nuvo :" il faudrait éduquer les enfants dès leur plus jeunes âge, mettre un terme à toute la bureaucratie française et européenne, repenser l’immigration, restaurer l’Etat, revaloriser l’armée et le service militaire, supprimer le Sénat, reprendre le pouvoir sur Bruxelles, aider les petites PME..."

Dominique, retraité des PTT : « Je n’ai pas grand-chose à dire, mais je pense qu’il faudrait un président de l’union européenne pour qu’il y ait une vraie Europe économique, sociale et humaine. Et je pense qu’il faut également remettre au cœur l’éducation, apaiser les conflits de génération. Voilà ce que j’avais à dire. Je crois que le management des entreprises publiques est grave. 71 suicides. Je pense que c’est dû au management qui n’est pas adaptés. C’est inadmissible. »

Marie Jeanne : « Je voudrais savoir ce que tu penses de la co-officialité de la langue ? »

Jean Felix : « Je trouve que ta démarche interpelle. Je reviendrai sur quelques éléments. Qu’est ce qui nous lie à ton discours ? Tu es un enraciné, et tu parles ici à des enracinés, plus ou moins de longue date, il faut te dire les choses, au-delà de ton statut de député, il y a quand même une notion de divorce entre ce que peut être la République française et la Corse. Il existe une gestation de démocratie locale. Nous sommes dans une rupture entre le haut et le bas. Je pense d’ailleurs qu’on peut transposer sur divers sujets, car c’est toujours la même manière de pensée de l’intelligencia parisienne. On se rend compte que les leçons de l’histoire ne sont pas tirées. Nous sommes déçus, et cela amène les ruptures. On a l’impression que la politique française vit au rythme de BFMTV et de ITELE, et cela donne envie de pleurer. On est dans une rupture démocratique profonde. Quels sont les marges de manœuvre pour que ces gens changent ? Doit-on détourner définitivement le regard ? »

Jean : « je suis content, car chacun exprime ce soir son sentiment. Je vais me risquer à vous apporter quelques éléments de réponse. Bastien, tout d’abord, je souscris à ce que vous m’avez proposé car c’est un retour au vivre ensemble, à des valeurs, au bien commun et à son respect. (…) Les cahiers de l’espoir : c’est comme si les français avaient besoins de parler. L’homme ne peut pas réfléchir et penser s’il a le cœur gros et s’il ne le vide pas. Je vais vous lire ma déclaration car je pense qu’elle résume ma pensée, et peut apporter quelques éléments de réponse. Bastien, nous sommes dans le pays de Ferry et de Grévy et je considère que la question de l’instruction publique est y est cruciale. Dominique, je crois qu’il n’y a pas grand-chose à dire sur ce que vous avez constaté. Nous avons tous modifié et décidé d’ouvrir le marché des capitaux. Seulement il y a des domaines sur lesquels nous ne pouvons gagner de l’argent. Quel était l’intérêt de concurrencer la poste ? On se plaint aujourd’hui de trouver des fonctionnaires dépités de leurs travail… oui, ils sont perdus, ils ne sont plus dans une situation d’aide et de conseil, ils sont dans une situation de contrôle permanent, et ils le vivent mal !

Marie Jeanne et Felix, je vous répondrai ensemble. Tout d’abord, votre langue me rappelle ma langue, le béarnais et le basque. Nous considérons mal le problème qui est posé. La république, comme toute construction humaine, n’est pas parfaite. Aujourd’hui, nous avons franchi bien des étapes. Ces langues ne nous appartiennent pas, c’est notre patrimoine ! Nous ne pouvons pas décider si elles doivent mourir ou persister ! Le problème c’est de savoir si la France veut défendre sa langue. Quand je vois que la France n’est plus capable d’imposer sa langue dans les grandes organisations internationales. Au début, il y avait 3 langues de traduction, le français, l’anglais et l’espagnol. J’ai constaté que nous avions cessé de nous battre pour la reconnaissance de notre langue. Pour répondre à ta question, il faut que la France ratifie la convention européenne sur les langues minoritaires et il faut re-défendre la langue française à l’étranger. Pour moi, c’est indispensable. Je comprends Félix ce que tu dis. Je suis tout d’abord admiratif de ce que vous avez réussi à faire. Si le pays basque avait réussi à atteindre le niveau de résistance que vous avez, nous en serions très heureux. Aujourd’hui, nous dissocions le territoire et les hommes. Maintenant, nous déterminons les cantons avec le nombre d’habitants. Moi je crois qu’il n’y a pas d’élément qui soit inacceptable dans ce que tu dis. Au contraire, je pense que c’est une révision de la république qu’il nous faudra faire : une république qui reconnait à nouveau ces territoires, qui reconnait à nouveau les hommes qui y vivent. Mais la reconnaissance des territoires, ça a déjà existé depuis Clovis. Il y a eu une reconnaissance par les rois, par la république également… la commune fut créée comme entité de base, en contact direct avec le citoyen. Or, ce sont les dernières élections municipales que vous vivrez en 2014, profitez-en. Car avec la réforme des intercommunalités et des métropoles, nous allons perdre nos représentants locaux auxquels nous tenons le plus. Attention, je suis favorable à l’intercommunalité, mais à la petite, là où le citoyen peut peser. Pas pour les grandes intercommunalité et métropoles. Il y a aussi un bouleversement sociologique de la représentation politique. Il faut un budget important pour devenir député : il n’y a plus de paysans, d’instituteurs, de chef d’entreprise. Ce sont de hauts fonctionnaires sortis des même grandes écoles qui aujourd’hui ont accès aux postes politique. Or ces nouveaux députés n'ont pas la connaissance du territoire. »

Jean, retraité, a travaillé dans publicité et communication : « Je suis actuellement plus sollicité que lorsque j’étais actif. Votre marche, c’est quand même un coup de communication dirigé dans un sens, très positif, et quand on marche on traverse des territoires. Notre problème est un problème de territoire, mais les grandes villes ne sont pas des territoires car les populations qui y vivent n’y sont pas ancrées. Il y a une nécessité absolue à redéfinir le mot territoire et ce que sont les territoires. Il n’y a pas un développement économique de Lyon, de Paris. Quel est l’intelligence du territoire ? Il doit trouver son développement, et non son enrichissement. Nous pouvons avoir des régions très riches, mais qui ne peuvent pas se développer économiquement. Si les 4 600 km parcourus par vous-même font ressortir des territoires différents mais qui ont un intérêt commun, alors je pense que si vous arrivez à faire ressortir cet élément à Paris, cela n’aura pas été vain. »

Didier, fonctionnaire : question très directe. « Est-ce que vous n’avez pas l’impression que la Corse fait les frais d’un jeux purement politicien ? Nous avons l’impression d’une régression aux années 80. Une régression car il semble que les politiques n’ont plus de posture responsable. Il y a des jeux violents qui se créent sur cette incompréhension entre corse et français. »

Jean Philippe, étudiant en économie et gestion à Corte : « Que pensez-vous du fait que l’Europe est pris beaucoup de poids décisionnaire sur les lois qui s’imposent à nos territoires ? Certaines règles européennes ont faussé la concurrence de produit régionaux en Corse. »

Jean : « Jean, je vous réponds. Il est évident que je génère une certaine communication. J’ai voulu ouvrir un débat, et la décision fut rude. J’ai passé l’hiver le plus pourri de ma vie. Une fois en marche, certains m''ont qualifié de "député peu travailleur, qui cherche toujours les coups d’éclat". Je veux simplement dire, que je n’amène pas avec moi une flopée de caméra, je n’ai jamais publié mes tracés plus de deux jours à l’avance, car je crois au hasard de la rencontre, chemin faisant. J’ai rencontré tout type de personne, de toute classe sociale. Je peux simplement dire si ceux qui considèrent que c’est pour moi un acte de communication avant tout, je ne peux pas les convaincre du contraire. Je peux juste leur dire, que si j’avais trouvé un autre moyen de m’exprimer et d’écouter, je n’aurai pas fait un prêt de 96 000 euros, et entrepris un acte aussi fatiguant.

Pour répondre à votre point de vue sur les grandes villes, à savoir si elles sont des territoires ou pas. Je pense que c’est un débat que l’Assemblée devrait se faire un honneur d’ouvrir. Quand je traverse les quartiers difficile des banlieues et que j’entends des jeunes me dire, que ce bout de trottoir, il ne le laisserait jamais à d’autres jeunes de villes voisines, cela me trouble. Je n’ai pas de réponse, mais votre question fait avancer le débat. Je m’interroge, à savoir si Paris n’est pas également un territoire.

Est-ce que avec la Corse nous ne sommes pas entrés dans un jeu politicien ? Franchement, je ne sais pas. J’ai l’impression que ceux qui sont en charge du dossier veulent trouver une solution sincère.je crois que nous n’avons pas aujourd’hui de textes et des outils pour apporter les réponses beaucoup plus simples que le pense Paris. Ce n’est pas l’indépendance qui est la question. La question, c’est si l’on accepte de devenir qui l’on est !

L’Europe et la place de la France. Quel est le poids de la France par rapport à l’Europe ? La France a pu peser beaucoup dans l’écriture des textes, car nous étions parmi les fondateurs. Un élément qui m’a beaucoup surpris c’est la remise en cause très dure à l’encontre de la communauté européenne. C’est une faute que nous avons commise et dont nous payons les frais : nous n’avons pas tranché ce que nous voulions que soit l’Europe ! »

Pour finir la réunion, il expose les premiers résultats de sa démarche, et exprime l’admiration des autres députés qui viennent lui dire, derrière les portes, qu'ils le soutiennent, mais n’osent pas dire tout fort ce qu’ils pensent tout bas, par crainte des représailles des partis, ou d’avoir des primaires sur les territoires politiques. Jean s’écrie alors :

« La politique ce n’est pas un métier, c’est un idéal. C’est une manière de vivre ma vie d’homme ! »

Il remercie, redis une fois son admiration pour Corte et pour ceux qui chantent. Il finit par redonner de l’espoir en appelant les citoyens à se lever.

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