Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Concarneau – Quimper, 10 novembre

Etape : Concarneau – Quimper : 22 km environ

La journée commence par un petit déjeuner en présence de Paul-Antoine, collaborateur de Jean Lassalle et d’Anastasia, Astrid et Juliette, l’équipe du projet de documentaire sur La Marche de Jean Lassalle (http://www.touscoprod.com/fr/project/produce?id=900).

Avant de quitter l’hôtel, Jean échange longuement avec la tenancière de l’hôtel-restaurant Les Océanides à Concarneau. La tenancière l’interpelle sur l’augmentation de la TVA et sur les pertes de gains occasionnées par les réservations en ligne, notamment par le site internet booking.com : « Au niveau de l’hôtellerie, booking nous prend 15 à 20 % de marge, c’est en plus une entreprise étrangère ! ».

Jean l’interroge sur sa perception de l’avenir ? « On est tous dans le même bateau ! ». Puis elle revient sur sa situation professionnelle « Ils ne donnent plus de ticket-restaurant donc les gens mangent dans leurs chantiers. Les tickets-restaurant sont détournés car ils sont utilisés dans les supermarchés ». Puis elle en vient à l’actualité, « Au-delà des bonnets rouges, il y a tous les petits commerces et artisans. On pourrait les rejoindre pour revendiquer nos spécificités ».

La tenancière déplore « l’augmentation de la TVA, des charges, des matières premières, tout cela baisse énormément les marges donc il y a des fermetures ». « On nous dit que la TVA baisserait, elle a augmenté sous Sarkozy et en contrepartie on nous a baissé les aides ».

Elle félicite alors Jean pour sa démarche « C’est très ce que vous faites ! Je vous souhaite beaucoup de courage avec toutes les contraintes que cela comporte ». « Vous allez au bout de votre combat comme vous l’avez fait avec votre grève de la faim dans la vallée d’Aspe ». Cela lui rappelle alors les difficultés des entreprises locales, « Bretagne saumon » rachetée par Guyader et les menaces de fermeture à Marine Harvest » qui ont entraîné d’importants mouvements sociaux. La tenancière invite alors Jean à aller au port de Concarneau qu’elle qualifie « d’ancien 1er port de pêche et là vous verrez plus rien !! ». Une rencontre avec deux pêcheurs est justement prévue pour 13 h.

La tenancière aborde ensuite la complexité des démarches en vue de l’obtention des subventions « Aujourd’hui il faut remplir au moins cinq dossiers, s’il manque un papier il faut tout refaire ! ». « Avec internet cela faciliterait les démarches, il faut mieux utiliser les nouveaux moyens de communication ». La discussion se termine, elle félicite de nouveau Jean pour cette Marche appréciable car « c’est à nous de nous exprimer », puis lui transmet des documents pour « Dire notre ras-le-bol fiscal et l’augmentation de TVA et tout ça, afin que vous soyez informé et puis remonté les informations au plus haut là-haut parce qu’ils ont pas l’air de nous entendre ! » Elle l’invite alors à signer son livre d’or.

Concarneau – Quimper, 10 novembre

Départ de l’hôtel à 13 h pour rencontrer et échanger avec Jean-Pierre et Yann, deux pêcheurs de Concarneau. La rencontre a lieu au port de pêche, Jean-Pierre nous présente d’abord son association Solidarité Pêche « créée par des pêcheurs côtiers concarnois il y a dix ans, qui a pour objectif de récupérer des bateaux de pêche promis à la casse pour en faire bénéficier les pêcheurs artisans d’Haïti » (site internet de l’association : http://www.solidarite-peche.org/association.html).

Yann et Jean-Pierre devant leur bateau de pêche

Yann et Jean-Pierre devant leur bateau de pêche

Dans le cadre de son association, Jean-Pierre déplore les directives européennes de Bruxelles, car l’UE indemnise les anciens bateaux détruits et échangés à neuf, alors que ceux-ci pourraient être envoyés dans des pays pour aider les pêcheurs artisanaux « Cela fait 15 ans que l’on se bat avec l’UE pour récupérer ces bateaux. Par exemple l’année dernière un bateau a été détruit alors qu’il n’avait que 6 ans ! ». Il ajoute « Depuis 15 ans il y a un blocage politique français et européen pour nous empêcher de transmettre ces bateaux qui vont être détruits ».

Jean-Pierre se lance alors dans une critique virulente contre les lobbys de la pêche industrielle qui menacent la survie de la pêche artisanale. Il évoque une « concurrence déloyale », en prenant l’exemple de la pêche au bar et en dénonçant « des captures industrielles odieuses ». « On est en concurrence avec des bateaux de 35 à 40 mètres or une large proportion de cette pêche est jetée ». Jean-Pierre regrette que la « pêche traditionnelle ne soit pas encouragée, elle consomme moins de carburant et c’est une pêche durable ».

Il exprime par ailleurs les difficultés de la filière en précisant que « ces enfants ne pourront pas reprendre », puis il ajoute que « les banques ne financent pas les petits bateaux ».

Jean Lassalle l’interroge alors sur ses propositions. Jean-Pierre rappelle l’importance de stopper « les techniques de pêche irrationnelles », en développant des techniques et un matériel mieux adaptés. Il évoque par ailleurs la nécessité d’un « appui de scientifiques non corrompus ». La discussion se termine sur la présentation d’un projet qu’il mène en partenariat avec Agrocampus pour monter une écloserie de homards dans les îles de Glénan mais il regrette de « ne pas avoir le soutien des politiques locaux et de la CCI ».

Après cet échange très riche, nous reprenons le chemin en direction de Quimper, en passant par la plage des Sables Blancs, accompagné par Philippe qui habite Concarneau.

Concarneau – Quimper, 10 novembre

Sur le chemin, une voiture s’arrête, celle de Stéphane et Anita, originaires de la Sarthe qui sont en balade dans la région. Stéphane travaille dans les assurances, Anita, sa femme, est comptable dans un cabinet au Mans.

Concarneau – Quimper, 10 novembre

Avenir ? Stéphane « Je pense qu’on va droit dans le mur, on se pose des questions, pas de travail, les gens n’ont pas le moral ». Puis, il ajoute « ce sont des inquiétudes sur le travail, les jeunes, ils ne peuvent pas se lancer dans la vie ».

Jean Lassalle l’interroge sur ses propositions, il répond « je ne sais pas et les autres que vous disent-ils ? ». Jean développe alors quelques points qui ont émergé à travers ses rencontres sur les routes et chemins de France. Stéphane revient sur le climat actuel de défiance « Tout le monde s’inquiète surtout les jeunes, nous on arrive en fin de retraite » Anita ajoute en soupirant « On sent qu’on est à la veille d’une révolution ». Stéphane termine sur ces mots « Quand le FN augmente c’est très très inquiétant ».

Jean reprend sa Marche, sous une pluie battante, il va faire une rencontre inattendue, celle de Stéphane, originaire de la même région que lui et qui l’attend sur le chemin pour lui jouer, avec sa cornemuse, le fameux chant des montagnards pyrénéens « Aqueros Mountagnos », chanté par Jean à l’Assemblée nationale.

Concarneau – Quimper, 10 novembre

Les deux hommes échangent, sous la pluie qui ne cesse de tomber. Stéphane, travaille depuis juin 2013 à Brest, dans une entreprise de l’agroalimentaire après avoir connu une période de chômage de 6 mois. Il travaillait alors à Quimper, dans une entreprise de construction mécanique pour les entreprises pharmaceutiques. Il devait reprendre une PME mais le projet est abandonné car « la situation pour les PME n’est pas favorable ». Stéphane attribue cette situation à plusieurs facteurs. Il évoque d’abord « les effets de la défiscalisation des heures supplémentaires ». « Ce qui faisait la force de cette entreprise c’était la qualité et la souplesse, perdue avec la défiscalisation des heures supplémentaires ». Il évoque aussi « la concurrence des pays de l’Est». « Lorsqu’on voulait embaucher on ne trouvait personne, il n’y a pas assez de personnes qualifiées dans un domaine où il y a des demandes. Ils font alors appel, via des agences intérim, à des Roumains embauchés pour 4 ou 6 mois ». Puis il souligne « les boîtes intérim ça revient cher », « quand on fait appel à d’autres ils ne restent pas, prennent des vacances, partaient quand ils voulaient, continuaient à toucher les allocations-chômage ». Puis il revient sur sa recherche d’emploi « J’ai eu une piste pour du boulot en Suisse mais ça ne s’est pas concrétisé. J’ai trouvé un poste à Brest et j’ai alors du déménager de Quimper ».

Stéphane se dit « désespéré par l’actualité avec un monde politique déconnecté de la réalité », « une ingérence du monde politique dans l’économie qui entrave l’économie en elle-même ». Puis il aborde l’actualité avec les bonnets rouges, il estime qu’ « il y a une certaine malhonnêteté avec certains qui se sont laissés séduire par la Finance et les avantages de l’UE et qui là se révoltent quand les avantages s’arrêtent ». « Le monde économique doit devoir plus peser que le pouvoir financier » et il regrette « la création d’une bulle d’argent et de consommation ». Stéphane en vient à se poser la question suivante « Le suffrage universel est-ce la solution ? » puis il nuance son propos en précisant qu’il faudrait « avoir un vrai bipartisme ». Il aborde alors la question du cumul des mandats en disant qu’il faut « supprimer le cumul des salaires ».

Stéphane accompagne Jean jusqu’à son arrivée à Quimper.

Tag(s) : #comptes rendus