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Entretien avec M Patrick Leclerc, maire de Landerneau.

Etape : Landerneau – Landivisiau

Réunion publique : Hotel Brit Le Relais du Vern, Landivisiau, 19h30 :

Jean commence par remercier les personnes venues, fait quelques remarques sur la Bretagne et sur l’accueil qui lui est réservé. Il veut lire sa déclaration, mais cherche désespérément ses lunettes, qu’il a perdu, et demande aux personnes présentes de lui en prêter.

Il lit sa déclaration, et explique sa démarche longuement. Puis il lance le débat.

Jestin, adjoint au maire à Lesneven et Président des élus bretonnants, cinquième mandat : « Il y a beaucoup de désarroi à la base, c’est très difficile à vivre, et je constate que nous sommes en période électorale, et pourtant c’est difficile sur ma commune de faire deux listes complètes. Les gens ne veulent plus s’engager. Je suis également au parti indépendantiste écossais. En France c’est toujours le système de la pyramide qui prévaut. Cela fait des années qu’on se bat pour avoir une vraie décentralisation, mais rien ne bouge. Ce n’est pas Paris qui doit dire ce qu’on va faire, c’est à nous. Cette année, nous Breton, nous avons des choses à dire, et nous allons les faire. » Il est longuement applaudit.

Louis Eleguet : retraité de l’enseignement. « Ce qu’on pense des révoltes des bonnets rouges, Monsieur le député je vais vous le dire. On peut faire la comparaison de 1675. J’étais également à Quimper lors des manifestations. J’avais le sentiment que se renouvelait se qui se passait en 1950 du fait du CELIB. Des bretons de toutes tendances et obédiences (sauf les communistes) se sont unis pour promouvoir l’économie et la culture bretonne. Et cela a donné d’excellents résultats. Les paysans du Léon, du Nord Finistère, se sont unis dans une association qui a été fondée en 1963. Ces paysans ont intégré des avocats, des politiques, et ont tous ensemble 150 exigences à soumettre au pouvoir. Le mot choisit a été : désenclavement + 5 revendications : construction de voie expresse gratuite, automatisation du téléphone, construction d’une université à Brest, construction d’une raffinerie à Brest, localisation d’emplois industriels. Ils ont ensuite crée un conseil qui devait travailler à mettre en place ces revendications. Nous avons eu des grèves bretonnes, organisées en Bretagne pour les problèmes bretons. C’est peut-être un peu corporatiste, mais lorsque les problèmes régionaux sont importants, seuls les locaux peuvent les porter. Dans ce mouvement que l’on voit, il y a des similitudes. La coupe est pleine. Exemple de la Navette entre Brest et Quimper, pas de réponse par voix téléphonique, boite vocale pleine, pas de réponse, agriculteurs qui disent que l’administration les fait chier. Beaucoup de papiers et de dossiers qui sont même toujours incomplets. C’est typiquement français et ce serait bien que cela change. »

Dominique, gérant de société : « c’est vrai, à l’URSSAF, y a plus personne qui nous répond au téléphone. On passe un temps fou avec ça. On a tout fait pour faire partir Sarkozy, on a réussi, maintenant on a Hollande et c’est pareil. »

Erik : commercial dans l’interim sur Brest. « J’ai moi aussi été créateur d’entreprise, j’en ai eu 4. Je suis également conseiller municipal sur Lampaul Guimiliau. Dans les témoignages que j’entends, j’ai un même sentiment de malaise, de déconnexion, avec la politique, avec l’administration, service du quotidien dépersonnalisé, qui entraîne une frustration dangereuse. Nous vivons dans une société sans tête. On oublie le sens, et lorsque l’on a besoin que l’on soit identifié, on ne sait plus où l’on doit s’adresser. Où est le pilote? Ou alors il est tellement diffus, qu’on ne lui donne plus de visage. Du coup qu’est-ce qui se passe ? En Bretagne, on est plutôt légaliste. On ne sait pas tricher, le travail au noir existe très peu, on a le sentiment collectivement de bien faire les choses. Mais aujourd’hui on dépasse une dose qui n’est plus admissible. Un point de cristallisation est venu, l’écotaxe, mais ca aurait pu venir d’autre chose. C’est avant tout la question où sont les pilotes, ou alors il n’y en a plus. Je pense que les bonnets rouge n’est pas un mouvement qui perdura, mais nous sommes à un moment stratégique où les crispations sont à leurs paroxysmes. Et cela ne m’étonne pas que cela commence en Bretagne. »

Jean : « je reviens sur ce que vous avez dit : j’entends beaucoup sur le problème de pilote et je me demande parfois où il est… »

Brouhahah dans l’assistance.

Eric : « je pense que le pilote n’est plus à Paris, il est un peu à Bruxelles, mais il est surtout en dehors de tout cela. Un exemple : 700 personnes travaillent dans le lobbying à Bruxelles pour France Telecom. »

Claudio : « Il y a en ce moment 900 personnes sur la paille, comme tu le sais. (il parle de Gad) Je te considère comme un ami, Jean. Tu demandes où est le pilote. Je pense que ce n’est pas le problème : il n’y a pas de voiture. J’ai l’impression que les citoyens se disent que plus personne ne fait plus son métier. La politique ne fait plus son métier, l’administration ne fait plus son métier. Et parfois les entreprises ne font pas leurs métiers. Il y a patrons et grands salariés. Car les patrons du CAC 40 ne sont pas des patrons mais des salariés qui ont une grosse paye pour gérer une entreprise qui ne leur appartient pas, et dans laquelle ils n’ont aucun intérêt personnel. On est loin de l’entrepreneur. »

Angélique : élu divers gauche dans l’opposition à Lampaul Guimillau. « Je félicite l’humaniste et salue la démarche. Je voulais revenir sur les bonnets rouges. Quelqu’un faisait une remarque hier : Doux, Gad, Tilly, ce sont des entreprises qui n’avaient pas une très grandes presse. Malgré tout cela a nourri des milliers de personnes. Malgré tout même si ces entreprises n’ont pas réussi à faire de la qualité, c’est quelques part pas anormal qu’elles flanchent. Travailler en Bretagne c’est difficile, car tout fout le camp et nous ne sommes pas assez diversifié. Je pense qu’il faut que la Bretagne ne fasse pas que de l’Agro-alimentaire. Je pense qu’il faut revenir à des circuits courts notamment. »

Magalie : « je suis une licencier de chez GAD, cela fait 12 ans, on avait une belle vie et on aimait notre travail. C’est le seul abattoir qui avait tous les agréments. Ils nous ont racheté pour protéger Josselin dans le Morbihan. Nous sommes 900 sur la paille. Nous avons le choix entre l’ARE ou la CSP. Je ne comprends pas et ne trouve pas normal si je prends le CSP de gagner autant que lorsque je travaillais à 3h du matin. Alors j’aimerais qu’on m’explique pourquoi si je vais travailler je perds de l’argent ? Pourquoi je gagne plus en restant chez moi ? »

Robert Jezequel : producteur de légumes. « J’ai l’impression que les politiques n’y comprennent rien. (…) Les financiers sont devenue des nuisibles, ils sont en train de saigner le monde du travail, et il faudra vite leur régler leur compte. »

Bernard : collectif des racines et des hommes. « Ce qu’on a vu à Quimper, c’était une affiche « bravo les écolo, maintenant on n'a plus de boulot ». Nous sommes des pécheurs, nous connaissons notre milieu. Nous nous avons peut-être la malchance d’être à coté de Brest, où il y a des universitaires qui envoient des documents au ministère de l’écologie. On n’a pas besoin de leurs documents. Colère qui monte face à la dictature socialiste du Finistère. Ici nous avons eu la création d’un parc marin, cela nous empêche d’aller en mer, de prendre des algues pour nos terres. Alors oui, on peut enlever le mot liberté à notre devise. Car je me sens moins libre que lorsque les allemands nous empêchaient pendant la guerre d’aller en mer. Alors j’espère que vous relayerez notre sentiment à tous ces écolos parisiens bobos ! Ici, c’est une révolte. Je pense qu’on nous a trahit en permanence. Les drapeaux français n’était pas les bienvenus. Et je pense qu’à Carhaix il y aura beaucoup de monde pour dire non. »

Gilbert : « j’ai été envoyé au tribunal. La raison c’est que j’ai pendu un chouca mort pour faire fuir les autres. C’est une espèce protégé, et moi, la République, elle me protège ? Je tiens à dire que M le juge a été plus clairvoyant et n’a rien retenu contre moi. Je me demande quand même où est la Justice et le Juste ? »

Jean : « c’est une loi votée par Sarkozy, et mise en œuvre par Hollande. Je tenais à le dire, pour précision, sur le principe de précaution et les espèces protégées. »

Jestin : « Je reviens sur la charte des langues régionales. Nous avions une promesse de Hollande, promesse numéro 56 comme le Morbihan, mais rien n’a été avancé. On ne peut pas travailler avec le breton parce que la France n’a pas ratifié cette charte. Qu’en pensez-vous ? »

Jean : « je vais peut-être réagir sur ce point précis. Je n’ai pas l’habitude de réagir sur les questions d’actualités. Je pense que sur ce plan là, notre attitude à tous, est incompréhensible, et en même temps elle dénote une grande peur de nous-même. Je note que tous les gouvernements et président successifs se sont engagés sur ce point, mais personne n’est allé jusqu’au bout. Je pense que la République a eu peur des langues régionales, qu’elle a d’ailleurs appelé patois, pour les dévaloriser. Ils avaient peur que le français n’ait pas la place de s’émanciper. Mais je pense que cela ne ferait pas de mal à notre constitution que les langues régionales qui font parties intégrantes de notre histoire aient une place dans notre culture. Je considère que c’est un trésor, et qu’il ne nous appartient pas. Ces langues remontent à la nuit des temps, et nous avons simplement la responsabilité de passer le témoin."

Bernadette Malgorn, candidate à la mairie de Brest : « On l’avoue, nous sommes en campagne électorale. Je suis candidate à la mairie de Brest. Je ne vais pas prendre la parole très longtemps. Nous ne pouvons pas faire une réunion sans évoquer les sources du malaise breton. Et ça commence à sentir mauvais. On entend : vous êtes des privilégiés, vous avez des autoroutes gratuites, un taux de chômage moins élevé qu’ailleurs, des subventions… Pour moi, ce mouvement c’est une dictature de la pensée. Il faut penser comme eux, sinon on est éjecté. Je pense qu’il y a une réaction saine contre le déni ici en Bretagne. Les fondamentaux qui nous a permis de résister se sont effondrés. Maintenant la crise nous touche de plein fouet. Chez nous, l’agriculture et l’agro-alimentaire est inhérent à notre culture. On ne sortira pas de la crise tant que Paris et Rennes ne diront pas la vérité.

Je pense que droite gauche, on en a marre de ça. Les gens du peuple n’en ont rien à faire de ces gens-là qui font de la politique leur métier, leur business. Il faut que le monde de la politique évolue »

Jean donne son sentiment, ses impressions et livre ses premières réflexions sur les chantiers à engager. Il clôt ainsi la réunion et propose à ceux qui le souhaitent de continuer à discuter au cours du dîner.

réunion citoyenne Landivisiau, 15 novembre
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