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22h45, le 03 mai 2014 : Je suis arrivé à Londres par le vol de Toulouse à l’aéroport de Gatwick. J’ai eu de nombreux échanges avec le personnel de bord et certains passagers français à l’aéroport de Toulouse dont un groupe d’une vingtaine de personnes qui m’ont reconnu et qui avaient déjà entendu parler de mon projet de tour d’Europe pendant la campagne électorale européenne. Ils en comprenaient parfaitement le sens et déclarèrent vouloir s’y associer par le biais des réseaux sociaux. La quasi-totalité des autres personnes rencontrées connaissaient mon tour de France, et venaient m’en parler spontanément.

Après avoir été rejoints à l’aéroport de Londres-Gatwick par Paul-Antoine, assistant parlementaire stagiaire à l’Assemblée nationale, déjà présent de Lyon à Paris sur mon tour de France, nous nous sommes dirigés vers l’Hôtel Premier Inn Gatwick Hotel du Terminal Sud de Gatwick. Nous avons rapidement pris possession de notre chambre, transformée séance tenante en QG de campagne : carte de l’Europe, horaires d’avion, de trains, calcul des distances à effectuer en voiture et plan de métro à l’appui.

Nous avons immédiatement entrepris de peaufiner le squelette de notre périple. Nous avons repris après un court sommeil réparateur nos travaux toute la matinée. Long échange avec le personnel de l’hôtel, dont une bonne moitié est d’origine étrangère : Indra de Lituanie est venue à Londres pour mieux gagner sa vie et apprendre l’anglais. La plupart des personnes travaillant à l’hôtel nous indique que malgré la nationalité européenne, ils n’iront pas voter pour les prochaines élections européennes ; d’ailleurs, certains ne savaient même pas qu’elles avaient lieu. Indra raconte notre initiative à de nombreux clients et à ses collègues. Elle le fait avec tellement de cœur que plusieurs personnes viennent à notre rencontre dès le petit déjeuner : échanges de coordonnées, et de lieu où se rendre pour rencontrer des personnes spontanément. Alfred, son collègue, a quitté Johannesburg (Afrique du sud) en raison du climat de violence permanent qu’il y a subit. Il apprécie beaucoup la vie à Londres qu’il a rejoint il y a 6 mois, et n’envisage nullement de retourner pour le moment dans son pays. Il nous aidera jusqu’à 2h30 du matin à réserver nos billets de transport et confirmation d’hôtels pour les prochains jours et les imprimer.

A 13h, nous quittons l’hôtel en direction du centre de Londres : notre seul rendez-vous programmé de l’après-midi est un trader de la city.

Devant la station de train de Gatwick, nous rencontrons Maria Grazia Bonutti. Professeur d’anglais dans le Val d’Aoste, elle attend avec une vingtaine de bagages. Je lui demande ce qu’elle fait avec tant de valises. Elle est arrivée avec ses étudiants pour un stage d’anglais mais la navette n’a pas pu prendre et les étudiants, et les bagages. Les étudiants sont partis avec la navette, tandis que Maria Grazia veille sur les valises de ses étudiants jusqu’au retour de la navette. J’engage la conversation sur sa perception de l’Europe, elle qui est frontalière de Chamonix. Elle nous affirme que rester dans l’Union européenne et dans la zone euro est crucial pour l’Italie. Mais il est nécessaire de changer rapidement les règles, car l’Allemagne profite seule et écrase les autres qui souffrent. Elle nous affirme que l’industrie disparait vite en Italie depuis quelques années, faisant croitre le chômage, disparition qui seraient due en partie à des taxes trop lourdes. Le manque d’harmonisation européenne est critiqué. Elle nous dit avoir toujours voté à gauche et se sentir d’ailleurs profondément de gauche, mais elle avoue être très déçue. « Depuis 30 ans, le pays n’agit plus. » Elle ne sait pas quel serait le vote idéal, celui qui ferait avancer son pays pour l’intérêt général. Beaucoup de politiciens sont corrompus et pour elle, ils sont trop payés. « Mattéo Renzi voulait tout changer mais je pense qu’il est esclave du système européen, des banques… il a les mains liées. » Elle affirme que Beppe Grillo n’est pas la meilleure solution, mais qu’il pourrait être en mesure de faire avancer enfin les choses dans l’intérêt général. La bureaucratie européenne lui semble loin des citoyens, ils font des lois sans venir vers les citoyens. Nous échangeons nos cordonnées, et soulignons la déconnexion des élites européennes. Maria Grazia dit : « Mais vous croyez qu’ils s’en rendent compte là-haut … ».

A 14h00, nous prenons le train vers Londres. Nous nous asseyons à côté d’une jeune femme. Nous entamons la discussion très rapidement. Tereza Moravkova). Elle nous dit qu’elle vient de République Tchèque. Elle a fait des études de comptabilité dans son pays. Elle est venue en GB pour un an comme fille au pair, mais elle est restée et ce depuis 1 an et demi. Je lui demande rapidement si elle ira voter aux élections européennes et si ses amis se rendront aux urnes. Tereza hésite et me dit que ni elle ni ses amis n’iront voter. Ils ne se sentent pas forcément concernés. La plupart de ses amis sont tchèques, et elle a quelques amis anglais dans la banlieue de Londres où elle vit. Elle insiste sur le côté très multiculturel de la ville. Autour d’elle, il y a beaucoup de slovaques, de tchèques, de polonais, et également des indiens. Je lui demande alors comment elle trouve les rapports politiques entre l’Europe et son pays. Elle parait à nouveau hésitante, et nous dit tout simplement qu’elle se sent mieux en Angleterre, que l’ambiance est plus relax, les gens sont sympathiques. Puis sur la politique, elle insiste sur la transparence du milieu, alors que dans son pays d’origine,"l’opacité domine : certains s’en mettent plein les poches", affirme-t-elle. Elle sort deux stations avant le centre de Londres pour se rendre chez sa famille d’accueil.

Durant le trajet, une chose nous frappe : bien que nous soyons dans l’aire urbaine de Londres, l’étalement urbain est tel que le paysage verdoyant est dominant, agréable. Cela repose. La ville verte se déploie. Arrivé dans Londres, les infrastructures neuves et relativement propres m’étonnent : les Jeux Olympiques et le prix élevé du ticket de métro y sont pour quelque chose.

Ahmed, jeune trader de 28 ans, est venu nous retrouver ponctuellement à Liverpool Street Station, près de la City. Il me reconnait immédiatement. Il est vrai qu’il est originaire de Pau dans les Pyrénées Atlantiques et un ami de Clémence, ma nouvelle stagiaire à l’Assemblée depuis peu. C’est elle qui nous a pris le rendez-vous. Pendant plus de trois heures, nous avons visité en sa compagnie et plongé en apnée dans le cœur de la City. Passionnant ! Ce récit fera l’objet d’un compte rendu plus précis dans les heures qui viennent.

Nous avons croisée pendant notre visite entre les tours de la City deux couples avec des enfants d’origine bretonne qui sont venus passer le week end à Londres pour découvrir la ville. Ils trouvent Londres très agréable. L’un est informaticien dans une société d’une soixantaine de personnes, sa femme était dans une société de vente de camion près de Vern-sur-Seiche (Ille et Vilaine). La boite informatique fonctionne bien, mais il y a des aléas depuis un moment : des difficultés avec les administrations ou les délais de paiement, et une baisse relative des commandes. La vente des camions restent stables, mais la concurrence est très vive et ôte à l’entreprise toute marge de manœuvre. Les finances sont à flux tendus.

L’autre couple travaille dans le premier magazine spécialisé dans « les motos vertes ». La moto constitue toujours une niche pour les amoureux de sport. Leur nombre reste stable en France selon notre interlocuteur. Par contre, il a le sentiment à travers le journal que de plus en plus de gens s’y intéressent mais que les contraintes des groupes écologistes extrêmes et la crise économique entraine une stagnation des ventes, voire même une discrimination dés-incitative des motards. Sa femme travaille à la sécurité sociale : salaire de bas fonctionnaire, inchangé depuis deux ans, les dernières ponctions passent mal : c’est toujours les mêmes qui payent. Cette femme fut la plus remontée de tous contre le gouvernement. Ils avaient tous en tête La marche et étaient intéressés par la nouvelle initiative que constitue ce tour d’Europe pour comprendre le sentiment profond des citoyens. Ils souhaitent d’ailleurs s’associer à la démarche.

Nous les guidons avec l’aide précieuse d’Ahmed vers l’arrêt de bus qui va leur permettre de continuer leurs visites londonienne.

Nous continuons vers la Royal Bank où nous nous asseyons sur un banc en bois pour discuter. Alors que nous partions, deux jeunes femmes viennent prendre place : la discussion s’engage immédiatement. Caroline et Céline ont fait la même école dans l’évènementiel à Angers. La première a trouvé un travail en quelques semaines à un poste où elle peut évoluer rapidement. La seconde est en recherche et éprouve pour l’instant encore la barrière de la langue. Elle ne rentrera pas car elle souhaite avant tout trouver le poste convoité. Pour l’instant, elle fait divers petits boulots qui lui permettent de subsister et d’améliorer ses connaissances linguistiques. Elles trouvent Londres très dynamique et admirent l’ouverture de Londres, bien plus que Paris.

Nous nous asseyons à la terrasse d’un café pour échanger tranquillement avec Ahmed. Un couple de Français à coté s’approche. Nous entamons la discussion avec ce jeune couple d’environ 30 ans qui sont arrivés à Londres il y a deux ans. Ils m’expliquent avoir trouvé du travail très rapidement à Londres : la première en 3 jours seulement, l’autre en 2 semaines. David travaille dans l’informatique, domaine où la City recrute beaucoup. Marjorie travaille dans le domaine de l’art.

Nous échangerons près de 2h de plus avec Ahmed, notre seul contact formel à Londres. Nous fûmes Paul-Antoine et moi très intéressés par ce jeune homme. Un compte rendu spécial sera fait dans les prochaines heures.

Lorsque nous nous séparons, il nous conseille de nous rendre jusqu’au quartier français de South Kensington dans l’ouest de Londres. Là, nous dit-il, de très nombreux français seront heureux de vous présenter à des anglais d’autant que ce soir commence la fête des beaux jours et du renouveau du printemps, le May Day, jour férié en Angleterre, l’équivalent du 1er mai en France. En effet, nous ne tardons pas à en avoir confirmation : à mesure que nous avançons dans les rues proches de l’ambassade de France, le flot de londoniens déambulant nous absorbe. Il en sort de partout. Un sentiment de liesse populaire à venir nous saisit peu à peu. Ahmed nous avait expliqué que beaucoup de londoniens seraient de sortie ce soir puisque peu travaillent le lendemain. Il était 19h, à la nuit tombante : « Monsieur le député qui marche ! Incroyable, mais que faites-vous là ? ». Cette voix spontanée et tonitruante me remplit de joie. Il y a bien des français ici. Jacques et Mireille ont en effet emménagé une superbe maisonnette non loin de là il y a un dizaine d’année. Ayant perdu leur travail tous les deux, ils ont décidé de rejoindre la sœur de Mireille qui elle habite ici depuis sa prime jeunesse. Mireille a trouvé immédiatement du travail comme serveuse dans un grand restaurant français ; quant à Jacques, il est devenu si j’ai bien compris agent d’entretien dans ce qui est en France l’équivalent d’un CFA (centre de formation accéléré). Il nous conseille de prendre place immédiatement dans le pub où ils semblent avoir leurs habitudes avant que toutes les places assises soient prises d’assaut. Un écran géant diffuse le match … en fond sonore … Première Guinness ! Voilà qui devrait arranger mes triglycérines ! C’est une vraie pinte ! Le groupe est bientôt rejoint par Teddy, sa femme Rosy et leurs trois filles qui ont entre 20 et 25 ans. Elles ne resteront pas longtemps, la rue les appelle déjà. L’Europe ? Teddy rentre immédiatement en fureur : je ne comprends pas l’anglais, mais Paul-Antoine me glisse à l’oreille comme si je ne l’avais pas perçu qu’il n’est pas content de l’Europe. Traduction faite dans un calme restauré, j’apprends qu’il travaillait dans l’aluminium du coté de Manchester dont il soutient d’ailleurs passionnément les Reds qui sont restés manifestement pour lui une des raisons de vivre, tellement la vie le désespère par ailleurs. Il n’a plus jamais trouvé de travail, sa femme Rosy fait du ménage, ils ont les pires difficultés à payer les études à leurs trois filles. « L’Europe nous a envahi de tchèques, de polonais et de slovènes … Il n’y a plus de place en Angleterre pour les anglais. Vivement le referendum pour quitter cet ensemble diabolique qui détruit jour après jour l’empire de l’Union Jack ! » Sa femme n’en pense pas moins. Tout comme ses trois filles qui affirment dans un même élan qu’elles n’iront pas voté car elles n’y comprennent rien. A la sortie du bar, nous entamons la discussion avec Jamie, la cinquantaine, ingénieur dans les télécommunications qui emporte l’adhésion momentanée de tous ces compatriotes lorsqu’il affirme fièrement que les Jeux Olympiques ont littéralement dopé Londres et toute l’Angleterre. Il nous dit qu’à son avis les moyens de transports et de communication sont les plus modernes du monde. Même les quartiers mal famés il y a une dizaine d’années ont été réhabilités. Londres a pris vingt ans d’avance sur Paris et Berlin. Je regarde du coin de l’œil Paul-Antoine qui a de plus en plus de mal à suivre le flux tendu de nos échanges dans un arrière fond sonore assourdissant.

Nous avons repris la rue et de pub en pub, nous avons pu vérifier que l’euroscepticisme de nos amis anglais n’est pas un vain mot. Tour à tour et au hasard des rencontres, Bill, Jennifer, Sophie, and Jessica, trois trentenaires venus passer la soirée, ne trouvent pas de mots assez durs pour flétrir l’euro auquel ils n’adhéreront jamais. Ils nous décrivent Bruxelles comme un ensemble soviétique. Un homme se joint à la conversation, ancien para des malouines, est catégorique : « A cause de cette maudite Europe, l’Allemagne vaincue de 1945 a de nouveau repris son orgueilleuse hégémonie sur le territoire européen, et encore une fois avec l’appui de la France ». Ambiance !

Mary, qui parle parfaitement français, est un peu seule lorsque nous la rencontrons alors que nous nous apprêtons à regagner le métro : « L’Europe, c’est la paix. L’Europe c’est l’avenir des jeunes. » Elle et toute sa famille iront voter pour la liste travailliste le 22 mai prochain.

Lorsque nous reprenons le métro vers Victoria Station pour prendre une correspondance vers Gatwick, il est déjà 22h30. La journée est passée à une allure !

Nous sommes guidés par trois mexicains à qui nous demandons notre chemin et qui prennent par hasard le même train pour seulement un arrêt. J’engage la conversation en espagnol. En effet, ma langue maternelle est le béarnais que parlaient mes deux parents. Mon père berger dans les montagnes pyrénéennes côtoyait beaucoup de nos confrères espagnols, et cette charmante langue fut la deuxième que j’appris, avant même le français. L’échange en fut largement facilité ! Ils sont arrivés à Londres il y a un peu plus de deux ans. Omar et Sylvia ont été rejoints par la sœur de cette dernière il y a peu. Elle envisage cependant de s’installer durablement. Omar travaille dans événementiel où il a monté sa propre société. Sa femme importe des biens de consommation mexicains et les vend. Leur situation est très bonne. Ils n’envisagent plus de quitter Londres, une ville qu’ils jugent comme une ville sûre, propre, et bénéficiant d’un système administratif et financier favorable. Ils m’ont dit avoir choisi Londres, bien que Paris les fascina, parce que la Grande Bretagne leur est apparue beaucoup plus ouverte à la différence, moins discriminante, bref multiculturelle, et surtout bien plus optimiste que la France. Ils font parti d’une communauté mexicaine de plus de 7 000 personnes qui n’a pas connu dans son ensemble de problème d’intégration. Ils ont des relations très étroites avec les anglais et les autres communautés étrangères qui selon eux sont pour la plupart très actives et vivent en bonne intelligence. L’Europe apparaît comme une « idée généreuse » mais trop bureaucratisée et complexe. Ils estiment que les anglais en général y portent peu d’intérêt. Ils ont montrés beaucoup d’intérêt à la démarche et comme beaucoup d’autres personnes rencontrés ce jour, nous avons échangé nos coordonnées afin de se pouvoir reprendre contact.

Dans le train entre Victoria Station et Gatwick, nous rencontrons Sophie. Je lui demande si elle étudie et dans quel domaine. J’apprends qu’elle n’a que 17 ans et est au lycée dans la banlieue de Londres. Elle me dit que l’Europe est une bonne chose mais que les bureaucrates sont coupés des personnes d’en bas. Je lui demande si elle aurait été votée si elle avait eu 18ans. Elle rigole et me dit qu’au final elle n’aurait pas eu envie de se déplacer, et m’assure que la majorité de ses amis auraient agi de la même manière.

Un changement nous fait rencontrer dans le train suivant jusqu’à Clapton Junction une coiffeuse, Lori, qui tient sa chienne dans ses bras : elle nous dit ne pas croire en la politique. Cette jeune anglaise refuse même de voter à chaque élection. Pour elle, cela ne changerait pas grand-chose.

Arrivée à Gatwick, nous prenons la navette entre les deux terminaux de Gatwick avec trois suisses : un jeune couple et la maman du jeune homme. Ils sont de Lausanne. Les entendant parler français, je les interpelle et commence l’échange. Leur vision de l’Europe est sans appel : les suisses n’ont pas d’avantages à rentrer dans l’Europe actuellement. Ils y perdraient. Mais ils admettent que l’Europe est une bonne chose, et "qui sait, si un jour la construction européenne devient plus intégrée, plus forte et cohérente, la Suisse pourrait la rejoindre". Nous échangeons longuement sur le système de la votation, et sur le rejet des travailleurs étrangers lors d’une dernière votation. Ils me proposent de m’envoyer un avis plus détaillé de leurs visions de l’Europe, peu neutre pour le coup.

Il va être minuit, nous rentrons à notre QG provisoire afin de faire le point sur l’itinéraire des prochains jours et d’écrire ce compte rendu pour ne pas perdre les échanges fructueux de cette folle journée entre l’Inner de Londres et Gatwick.

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