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De passage à Lyon, Jean Lassalle, le député qui a entamé depuis 3 mois une marche de plusieurs milliers de kilomètres à la rencontre des français, a tenu à s’entretenir avec les représentants des communautés culturelles et religieuses de cette ville réputée pour la qualité de son dialogue inter-religieux.

Lundi 12 Août

15h00 : Nous sommes accueillis par le Grand Rabbin de Lyon, Richard Wertenschlag au premier étage de son bureau, attenant à la Synagogue du 13 quai Tilsit. M. le Grand Rabbin, évoquant l’amitié ancienne entre Jean Lassalle et François Bayrou nous confie : « La communauté juive est très reconnaissante à M. Bayrou pour le travail qu’il a effectué en tant que ministre de l’éducation nationale. Il a su prendre en compte les spécificités de nos fêtes religieuses.» Le grand rabbin enchaîne sur la situation de la société française : « Il y a une radicalisation de la société avec une instrumentalisation de la laïcité pour faire face aux extrémismes religieux. » « Par exemple : concernant le port du voile, on monte l’opinion publique contre celui-ci, ce qui échauffe les esprits. »

Puis « Vous, les députés, vous avez une responsabilité immense. Vous devez être exemplaires. Or les politiques cachent la vérité aux populations.» Le grand rabbin déclare « Le pluralisme est un enrichissement. Il faut l’accepter et promouvoir la diversité ». Concernant la situation française, il reprend : « aujourd’hui avec le manque d’activités industrielles, toute l’intelligence en France ne peut être exploitée correctement. Certains Bac +7 ne trouvent plus d’emplois. Cela crée une inquiétude et un jour, le peuple va se soulever car le peuple est prêt à des sacrifices mais jusqu’où ? ». Le grand Rabbin propose une solution : « L’homme doit avoir un idéal dans la vie, ainsi il faut développer les idéaux sinon les gens sont blasés très rapidement ». Il termine par un compliment sur la marche « vous donnez l’impression de travailler pour l’avenir. Vous donnez un contenu au temps. »

18 H 00 : rencontre avec le Père Pierre-Yves Michel, vicaire général du diocèse de Lyon auprès du Cardinal Philippe Barbarin. Le Père Michel nous fait part de l’impossibilité du Cardinal de nous recevoir, suite à un problème de santé qui le retient en convalescence. Il se dit sensible au geste que constitue la Marche, l’ayant lui-même pratiquée sur les chemins de Compostelle : « On y fait des rencontres étonnantes ». Jean Lassalle demande au Vicaire s’il y constate un délitement du lien social, le vicaire répond en prenant un exemple au sein même de sa communauté de prêtres. « On aimerait bien que les prêtres habitent en équipe pour travailler ensemble mais aujourd’hui chacun est attaché à son confort et sa liberté, ce qui rend les moments de rencontres plus rares ».

Concernant le mariage pour tous, il signale qu’à Lyon, beaucoup de dialogues et de rencontres ont permis à chacun de s’exprimer. Mais tempère « Avec le mariage pour tous, on touche au fondement de la famille, on joue avec le feu ». Puis « je me sens proche des veilleurs qui sont présents sans être violents ». Il termine par dire à Jean Lassalle : « L’image du chemin me parle beaucoup. Vous remplissez votre fonction d’une autre façon. »

Mardi 13 Aout

10 H 30 : réunion avec la communauté arménienne au centre national de la mémoire arménienne à Décines. Jules Mardirosian, président du centre national : « Vous dites que la France vous semble en danger mais pour nous elle a toujours été en danger. La France est le seul pays a avoir inventé l’Etat avant la Nation. » Jean Lassalle parle de la dégradation du lien social et du repli sur soi. Katia Boudoyan, directrice du centre national : « On est à contre courant. Notre rôle est de nous ouvrir constamment à l’autre. On est des citoyens qui avons l’espoir ; cela vient peut être de nos origines. »

Elle poursuit « On ne se définit pas comme une communauté communautariste mais comme des français avant tout. » Puis on se pose la question de savoir si la diversité culturelle mène au communautarisme ? La fille de Jules Mardirossian répond : « On communautarise, on classifie, on simplifie et c’est cette simplification qui engendre les radicalisations actuelles. » L’évêque, David Sahagian prend la parole : «Je ne vois pas une République forte qui peut défendre les minorités.

Depuis 50 ans, la France a régressé ». Katia Boudoyan conclut : « Nous sommes des citoyens acteurs ; on refuse la passivité, ce qui fait qu’on a moins peur. »

13 H 20 : rencontre avec les pasteurs M. Millet et Mme Danielian, au Temple de la Lanterne, à Lyon Centre. Le pasteur, M. Millet évoque d’entrée un stage qu’il a effectué en vallée d’Aspe, vallée d’origine de Jean Lassalle. Puis il enchaîne : « Pour les communautés religieuses, il fait « bon vivre » à Lyon. Il y a une tradition du dialogue inter-religieux. Dans nos paroisses, les gens sont attachés au dialogue. » L’aumônière tempère « attention, il y a un clivage générationnel. Ceux qui discutent ont 40 ans ou plus et sont déjà installés dans la vie : les plus jeunes ne cherchent pas le dialogue. Ils sont plus dans la revendication.» Le pasteur reprend « le fait qu’il y ait des dialogues apaise ». Puis l’aumônière : « on a tous une responsabilité en tant qu’église et que citoyen pour que chacun puisse vivre les uns avec les autres. La laïcité, ce n’est pas faire l’autruche ». Puis elle reprend à nouveau sur la jeunesse « Beaucoup de jeunes n’ont pas de parcours de vie. Ils n’entrent pas dans la société.

Ainsi les fidèles nous disent qu’ils sont inquiets pour leurs enfants et leurs petits enfants » « De plus, il y a un problème d’héritage, ce que nous laissons est rejeté par les jeunes. Ce rejet signifie que l’on redémarre de zéro : il y a une perte de sens. Cet état d’esprit de rejet fait qu’on est devant un mur où tout est à réinventé ». Sur la place de la femme dans la société, elle constate que cette place est encore à prendre puisque tous les postes à responsabilité sont confiés à des hommes. Il y a un problème d’héritage et d’identité pour les femmes » Elle conclut « Votre démarche est humble, c’est courageux : je pense qu’il faut aller vers les gens et les écouter ».

15 H 30 : rendez-vous avec le recteur de la Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane. Le recteur aborde l’actualité (le militaire arrêté qui projetait d'attaquer une mosquée de Vénissieux.) : « la situation laisse le sentiment d’un malaise. La France n’est pas raciste, on est en train de lui insuffler. Il y a besoin que la situation s’apaise. Ainsi il faut trouver le moyen tous ensemble d’avancer. J’ai dit à M. Valls par téléphone qu’il faut aller de l’avant notamment avec la proposition de la mise en place d’une commission parlementaire de lutte contre l’islamophobie, initiative qui ne peut venir que du seul PS ou de la seule UMP. Mr Lassalle, je vous en fais la demande solennellement ». Il enchaîne : « 3 choses faisaient la France : la famille, l’école et l’armée : Tout est partie en brèche :

Aujourd’hui il ne reste que la télévision et les services sociaux ». Sur Lyon : « il y a un microclimat : Ainsi depuis longtemps, on vit bien et on a de très bonnes relations avec tout le Monde : A Lyon, on a appris à vivre ensemble ».Sur l’évolution actuelle du pays : « En France, tout a changé en 7 ans.

Le racisme prend forme, cela se cristallise. De plus, chacun est dans son coin. Il faut que les jeunes apprennent à vivre les uns avec les autres et à connaitre leur religion » « Par exemple, on se bat pour la formation des imams en France qui aujourd’hui viennent de l’étranger et ne connaissent rien à la France ni à sa laïcité. » « On constate par ailleurs que nombreux sont les financements religieux sauf pour les musulmans. Les musulmans ne se sentent pas les égaux des autres. L’état a besoin de s’ouvrir sur ces questions-là et doit créer cette égalité ». Parlant des cités « ce sont des lieux, où les jeunes se renvoient leurs propres échecs. La restructuration des quartiers ne suffit pas, il faut aussi de l’emploi et une bonne école » « Avant, il y avait une solidarité entre les quartiers. Maintenant ce sont des ghettos où on fait naître la misère et la violence. Ainsi j’ai vu des familles où personne ne se lève le matin pour aller travailler ». Il enchaîne sur le respect : « on doit apprendre le respect entre les communautés. Il manque aujourd’hui de l’éducation pour mieux vivre ensemble ». Puis il conclut : « La question, c’est comment rassembler.» Jean Lassalle, après être revenu sur le sens de sa démarche et avoir remercié le recteur pour son accueil, lui assure qu’il transmettra sa demande de commission parlementaire aux différents présidents de groupe de l’Assemblée Nationale.

19 H : rendez vous avec M. Régis Boussières, représentant de l’association des libres penseurs de France au café Ninkasi-l’étoile.M. Boussièresl commence par nous présenter son association en lien avec le siècle des lumières, association contre l’intolérance et pour la liberté d’expression. Puis il enchaîne : « Aujourd’hui, il y a une montée du fanatisme et du communautarisme. De plus, il y a un rejet de la politique qui vient des affaires et du statut des élus ; ce qui fait que l’on parle de tous pourris. » Il enchaîne sur la République « Il faut des droits et des devoirs en contrepartie. Ce qui peut rassembler, c’est la République, garante de la paix sociale. La laïcité, ce n’est pas la négation de la religion. Par ailleurs, la religion intervient de plus en plus dans la sphère politique mais elle ne doit pas aller trop loin. » Il poursuit « Il y a un délitement de la société qui est de plus en plus éclatée ». Il conclut par un appel au dialogue « Lors d’un débat d’idées, on peut être pour ou contre mais dans le respect. »