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Le territoire est, de manière générale, particulièrement marqué par son passé industriel. Les usines désaffectées au cœur du Creusot, les nombreuses personnes croisées au chômage (de plus ou moins longue durée), les retraités aux pensions misérables, etc. viennent rappeler le lourd passé de bassin minier de cette zone du centre de la France. Véritable poumon industriel du début du XXe siècle, cette région aujourd’hui sur le déclin (tout du moins économique) souffre en sus d’une assez mauvaise desserte en infrastructures. A l’exception de la gare TGV du Creusot, qui ne permet toutefois que difficilement l’intermodalité, le territoire n’est que très mal desservi : le canal du centre est envasé et le tirant d’eau trop réduit pour y envisager un quelconque trafic de marchandises, les autoroutes les plus proches sont à presque une heure de voiture, etc. Le territoire est meurtri, mais les gens semblent y résister au jour le jour, en y « rendant coup pour coup » (Jean Lassalle).

03/08/2013 – Etape : Le Creusot - Montceau-les-Mines (26 km)

Après avoir longé les grandes usines qui ont fait la fierté du Creusot, Monique, une dame retraitée s'arrête à la hauteur du député. Elle évoque les difficultés qu'elle a rencontré et qui l'affectent encore :

Monique (retraitée, environ soixante ans) – Le Creusot

« J'ai travaillé 15 ans et je n'avais que des contrats CDD ». »Mon mari lui est en invalidité depuis 12 ans. »

Jean Lassalle l'interroge sur sa perception de l'avenir : « Moi j'ai peur de la montée du Front National. On en arrive à se taper dessus. J'ai peur pour notre jeunesse. »

« J'ai peur, avec toute cette injustice... J'ai un fils qui vit avec 700€ par mois. »

L'Europe est évoquée :

« Moi je ne suis pas suffisamment calée mais mon mari trouve que l'Europe ne nous apporte rien. »

Une centaine de mètres plus loin nous nous arrêtons près d'un complexe funéraire. Un couple, la trentaine, engage la discussion avec le député. Ils évoquent la mémoire du défunt, un homme connu et estimé dans la région, décédé des suites de ses problèmes de diabète.

« C'était quelqu'un qui avait monté un club de lutte dans une cité difficile. Il faisait partie de beaucoup d'associations sportives. »

« On prend pas assez au sérieux les problèmes de diabète. »

Quelques kilomètres plus loin, alors que nous franchissons la nationale qui nous sépare de Montchanin, une voiture s'arrête à notre hauteur.

Laurent et Frédérique ont reconnu le député qu'ils avaient déjà croisé dans sa circonscription. Ils réagissent à l'initiative du député.

Laurent et Frédérique (couple, environ quarante ans) – Route nationale, Montchanin

« Nous, on a de la chance, on est pas particulièrement en difficulté. Mais on a peur pour nos enfants. On a peur pour ces gens qui sont ouvriers sans qualifications, qui ont bossé 25 ans dans une boite et qui se retrouvent sans rien quand elle ferme. » Ils ajoutent : « Avec ce qu'on entend, c'est dur d'avoir confiance dans les politiques. »

Colette et Jean-Louis (retraités, environ soixante ans) – Echange informel dans un café de Montchanin

Arrivé à Montchanin, un petit groupe de sexagénaires et de retraités se forme autour du député attablé au café. L'un est particulièrement affecté par une erreur administrative : « Pour moi, pas brillant. Je suis en retraite depuis 2007 et on vient de me dire qu'on me donnait 300€ de trop par mois qu'on va me retirer. »

Une dame est sensible à la question du député sur l'avenir du pays : « Pour nous ça va, on a eu un métier, on a fait notre vie, mais on a peur pour nos enfants. » Selon elle, les mentalités ont changé : « On avait le respect du patron, le respect des collègues. Il n'y a plus ce respect, et aussi envers les plus âgés. Aujourd'hui il y a quelques jeunes qui vous laissent passer dans les transports ou dans une queue mais c'est rare ! »

Un homme renchérit sur le sentiment qu'il a du détachement des hommes politiques : « J'ai le sentiment qu'il y a deux classes. Une classe politique qui n’en a rien à cirer de la situation du pays et nous. ». »Notre gros souci c'est qu'on a plus d'espoir, ni dans la droite, ni dans la gauche. »

Signe de ce détachement, le décalage entre les objectifs politiques et les difficultés quotidiennes : « Le tarif de l'énergie augmente, on veut qu'on consomme plus mais les salaires sont gelés. »

Un homme avance une idée pour l'Europe : « L'Europe, on a trop de contraintes vis-à-vis d'eux. On pourrait supprimer le gouvernement national et garder un seul gouvernement européen vu qu'on est soumis à leurs directives. »

Un autre s'en prend à l'Europe telle qu'elle lui paraît construite : « Les Allemands tirent pour eux, la Grande Bretagne tire pour elle. C'est pas l'Europe ça ! »

Sur le chemin, un couple de policiers nous propose de rentrer chez eux. Ils décrivent le quotidien de leur métier : « On est un peu des éboueurs sociaux. Il y a de plus en plus de gens qui se font embarquer pour manger. Le 15 du mois ils n'ont plus rien. ». »C'est un métier qui est très difficile. On voit l'évolution des choses très mal. On est en contact avec la population. La grogne sociale on la sent. Y aura du grabuge quand les frigos seront vides. On connaît des gens, ils comptent sur la solidarité le 15 du mois. Pour les gens qui touchent le SMIC c'est impossible à vivre. On reçoit du monde chez nous, ils le disent tous, il y a une dégradation inexorable. »

Le mari est d'autant plus ému de l'initiative de Jean Lassalle : « Ce que vous faites, c'est formidable. Vous êtes au contact de la population. »

Nous avons terminé la marche du samedi 03/08 de nuit de Blanzy à Montceau-les-Mines, en longeant le canal jusqu’au centre de notre ville d’arrivée. Jacques Nardo, aujourd’hui handicapé et syndicaliste historique et réputé au Creusot, notamment, pour son action contre le maire actuel, nous a suivi sur ce tronçon en voiture (06 01 10 66 16 pour le joindre afin de recueillir son témoignage intéressant pour sa perspective historique).

Nous avons mangé après notre arrivée au restaurant du Nota Bene (hôtel pour la nuit) avec des responsables locaux du MoDem qui nous ont dit eux aussi leur inquiétude pour leur région face à la désertion lente mais massive de toutes leurs entreprises.

ENTRETIEN

04/08/2013 – Etape : Montceau-les-Mines – Saint-Martin-la-Patrouille (21km)

Colette et Jean-Louis (couple d’agriculteurs, producteurs de viande bovine, environ quarante ans) – Rendez-vous à l’hôtel Nota Bene – Montceau-les-Mines

« Depuis pas mal d’années, on a été attentifs à vos propositions, c’est peut-être la voie de la terre qui marche entre nous. »

« Il n’y a pas de techniques pour dire c’est comme ci, c’est comme ça, c’est plus un ressenti général sur votre action. »

« J’aime beaucoup François Bayrou, et, séduite pas vos actions, on a souhaité vous rencontrer, savoir pourquoi vous faites les cahiers de l’espoir et avoir votre ressenti sur votre action ». « On a voulu rencontrer celui qui nous a fait du bien. »

JL : « Je n’ai rien fait. J’ai senti depuis plusieurs années qu’il fallait que je fasse un acte rédhibitoire, propre et inattendu. J’ai voulu semer une petite graine dans le sol parce que les herbes qui poussent autour de moi me font très peur. Je ne porte aucun jugement sur des personnes en particulier mais j’ai décidé de poser cet acte. »

« Vous avez l’industrie dans vos thèmes de prédilection, mais l’industrie, pourquoi elle s’en va ? Parce que, devant le rouleau compresseur des centrales d’achats, elles n’ont plus le choix. Elles doivent partir devant cette pression à l’achat le moins cher. Toute la priorité des politiques économiques devrait être tournée vers les centrales d’achats. Chez les producteurs fruitiers, c’est la coopérative qui fixe les prix, le groupement de producteurs a perdu son identité pour répondre à la pression des centrales d’achats ».

« On ne peut pas faire du protectionnisme à outrance. Les lois du commerce international ont été pensées pour favoriser les mouvements, pas pour favoriser les marchés nationaux. Il faut pourtant mettre des amortisseurs dans cette mécanique. On prend actuellement trop violemment les chocs de la mondialisation. On ne sait plus si notre t-shirt vaut 2€ ou 20€. Je considère pourtant qu’il s’agit de recel social, ni plus ni moins. »

« Par exemple, à Compiègne l’autre jour, le fils d’un ami souhaitait s’installer, et 14ha du terrain qu’il convoitait on été achetés par un grand groupe financier pour le revendre. Actuellement, ils ne peuvent plus envisager de s’y installer. »