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Je suis arrivé à Amiens samedi 20 avril vers 19 heures. Je fus immédiatement accueilli par Monsieur le Maire, Gilles Demailly en son bureau de l’hôtel de ville.
Il m’a reçu pendant plus d’une heure, accompagné de son épouse. Tous les deux sont comme moi, fils de paysans. Il y avait aussi une collaboratrice de la ville, et nous avons pu échanger très profondément et amicalement. Il n’a fait aucune difficulté pour recevoir la douzaine de copains qui m’accompagnaient. Je lui suis très reconnaissant, il est le premier maire d'une très grande ville à m’avoir accueilli.

Dimanche matin, j'ai visité un lieu de culte à Amiens Nord. Ce fut un moment très émouvant où j'ai pu rencontrer beaucoup de monde. Le dialogue s'est établi presque instantanément. J'ai écouté des femmes me parler de leurs enfants, des adolescents, pour la plupart faisant partie de bandes et qui en viennent à être redoutés de leurs grands-pères. Elles m'ont aussi dit leur souffrance de voir ces enfants leurs échapper peu à peu.

Au fil de nos discussion, j'ai encore appris que dans leurs quartiers, les commerces ferment les uns après les autres.


Je suis ensuite allé voir le service des urgences. J'ai d'abord été chaleureusement accueilli par deux médecins, avant de finalement rencontrer l'ensemble du service. Ils m'ont expliqué la folie de leurs journées, l'agitation de leurs nuits et la longueur de leurs semaines. Je leur ai présenté ma démarche et ils ont été séduits. Ils m'ont demandé de pouvoir rédiger ensemble un cahier de doléances. Eux aussi ont beaucoup à dire.

Quelques heures plus tard je suis arrivé au cimetière d’Amiens, dans lequel Jules Verne est enterré. Un sculpteur local a fait une statue qui à travers lui représente la force de la vie. J'ai beaucoup aimé cette statue. Par un heureux hasard, j'ai croisé le chemin d'une dame qui est présidente d'une association s'occupant de l'entretien des tombes du cimetière. Elle s'était rendu compte que plus de 60 % des sépultures n’était pas entretenus. Elle explique cela par le fait que les paysans ont voulu tourner une page après tant de douleurs. Elle a toutefois observé que ces tombes abandonnées voyaient aujourd'hui revenir des jeunes générations venues à la recherche de leurs racines.

Il y avait aussi ce garçon à vélo dont le père voulait absolument me voir. Il m’a expliqué les difficultés de ces gens qui constituent un capital mais dont les enfants ne reprennent pas les exploitations. Ces agriculteurs gagnent de l’argent grâce à la culture de la betterave mais les enfants veulent une autre vie.

Et cet homme qui pleurait parce que ses trois enfants ne voulaient pas reprendre l’exploitation, ne croyant plus à l'avenir d'une agriculture céréalière pourtant bien portante.

Et ce Hollandais qui voulait me voir à tout prix. Un agriculteur des polders qui s’est mis à spéculer pour assurer une plus belle vie à sa famille. Il a acheté 25 à 30 000 hectares à des paysans qui abandonnaient leurs terres. Il ne m'a caché que pour lui, ces terres constituaient une opportunité intéressante. Il savait que nous ne partagions pas la même vision mais tenait à me faire part de la nature de son activité. Parce que cette marche devait à ses yeux me permettre de comprendre. Je l'ai remercié sincèrement de ce témoignage.

Jeudi, nous avons ensuite traversé la baie de Somme sous le soleil. C'était un beau moment. Deux conseilleurs généraux, jeunes et très sympathiques, ont fait un bout de chemin avec moi.


Hier soir je suis arrivé dans un hôtel dans lequel j’ai été très bien accueilli. Le patron emploie sept ou huit jeunes en stage, ce qui leur permet de disposer d'une expérience professionnelle indispensable à leur insertion dans la vie professionnelle. Malgré les difficultés, il se bat pour permettre à ces jeunes de s'intégrer.

Au fil des kilomètres, des journalistes viennent parfois m'interroger. J'ai passé de très bons moments avec des journalistes de Canal Plus, de RMC, du Courrier Picard et de l'Express. Je constate avec plaisir que de plus en plus de gens commencent à me suivre. Nous marchons quelques heures ensemble et échangeons au gré de nos rencontres. Selon les jours, nous sommes parfois dix, parfois moins. Toujours dans la bonne humeur, jamais je ne suis seul.

A Paris, mon comité de soutien s’est réuni et je sais que vous êtes également très nombreux, quelles que soient vos sensibilités, à me suivre sur les réseaux sociaux, à manifester votre intérêt pour cette marche, à me faire part de ce qu'elle vous inspire, et à saisir cette occasion pour parler de ce que sont vos vies. Chacune de ces rencontres me remplit d'espoir et me convainc de parcourir d'autres kilomètres à votre rencontre. Du fond du cœur, je vous en remercie.

Jean Lassalle

Ma semaine de marche: d'Amiens à Fort-Mahon