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Mardi 1er Octobre : Aubagne - La Ciotat

Mes chers amis, voici le compte rendu de cette nouvelle étape, entre Aubagne et La Ciotat, rédigé par Paul-Antoine, qui m'accompagne sur la Marche.

Mardi 1er octobre : Aubagne - La Ciotat :

Mardi 1er octobre, nous avons débuté la journée en étant reçus par Daniel Fontaine, le maire (PCF) d’Aubagne qui nous a exposé sa vision de la politique locale, de l’Europe et de la réforme des collectivités territoriales.

« Etre acteur de la communauté, ce n’est pas le plus simple. Dans notre commune, nous essayons d’intégrer chaque citoyen à la vie de la citée. Les élus locaux ont la possibilité, outre la responsabilité de la communauté, de faire se rencontrer les citoyens, les faire échanger. Il faut rassembler large, pour construire ensemble, au-delà des appartenances partisanes. Or, cette vision est à la marge. Et on nous marginalise. Les enseignants sont à ce titre très importants, car ils nous inculquent la possibilité de réfléchir et de critiquer. Qu’un communiste et qu’un Modem se tendent la main, c’était à la marge, et beaucoup dans nos partis nous ont marginalisé. On s’y est attelé sur le plan local, et nous avons réussi notre rapprochement ici à Aubagne. Quand on fait le bilan d’une mandature, toute tendance confondue, un même constat s’impose : on continue. »

Le maire nous explique ensuite qu’il reçoit la visite d’ambassadeurs de Bolivie et du Venezuela, impressionnés par la réussite d’Aubagne dans la gratuité mise en place pour les transports. « Ils me glissent : vous révolutionnez la vision du monde ! Aidez-moi à faire la même chose chez nous. »


La discussion se poursuit sur la culture européenne : « Jean, vous faites un parallèle avec la Grèce Antique. Or quand j’écoute l’arrestation des députés grecs d’extrême Aube dorée, je repense à l’Europe des années 30. L’exemple de la Grèce est particulièrement parlant. L’Europe a ici un rôle à jouer. La culture de paix doit être privilégiée. Il faut travailler sur cette notion. Nous organisons des débats sur cette thématique, avec des invités de divers pays méditerranéen : chypriotes, turcs et grecs. » Le maire continue et insiste sur le fait qu’il n’a rien contre les pays anglophones, mais qu’il « n’accepte pas de parler en anglais. Même si je le comprends, je préfère faire l’idiot et faire comme si je ne le comprenais pas. Je m’y force, car je ne comprends pas comment un pays (USA) impose leur jeune culture à une Europe culturelle multiséculaire. »

M. le maire a également abordé la création de la grande agglomération de Marseille, à laquelle il s’oppose : « Nous sommes dans les Bouches du Rhône, et sur 118 maires, 109 y sont opposé. Les maires vont être dessaisis des moyens financiers et décisionnels. Il y a là un grand coup politicien, une atteinte aux valeurs de la République. Nous sommes très inquiets. Les citoyens ont perdu le curé, ils vont perdre le repère et la figure du maire. L’enjeu, c’est la survie de la collectivité, face à ce diktat parisien. »

Après ce long échange avec l’exécutif local, nous nous sommes rendus au siège de La Provence pour un point presse avant de passer un moment dans le salon de coiffure de Sandrine qui tout en coupant les cheveux de Jean, s’est livrée à un échange avec Jean, qui commença par lui demander : « — Le maire, il est apprécié ici ? Comment vous percevez les politiques dans vos localités ?

Je suis confuse, je fais ce métier, je ne pourrais pas en faire d’autres. Or je ne comprends pas pourquoi les politiques ont eux plusieurs mandats : ils ne peuvent pas s’occuper bien de leurs villes, de leurs circonscriptions, de leurs populations !

— J’entends souvent cette remarque. Et le FN, fera-t-il beaucoup de voix ici selon vous ?

— C’est possible. Il y a deux listes de droite ici, un maire peu aimé par une certaine population. Le FN a ici sa chance. Les politiques s’occupent plus de leur apparence que de la France. Ils ne s’occupent plus de la réalité.

— Et le pouvoir d’achat depuis la crise ? Vous sentez qu’il a bougé dans les poches de vos clients ?

— Vous savez, avec l’Euro c’est simple. Il y a eu une inflation directe. On a trop joué sur l’argent et le bénéfice et on en a oublié les choses simples de la vie. Les gens, ils acceptent les sacrifices, mais ils demandent au fond qu’à vivre simplement, encore faut-il qu’ils aient de quoi vivre ! Les jeunes, on ne les forme plus comme j’ai été formé ». Elle braque devant le miroir ciseaux et son petit peigne fin : « Ça, les jeunes ne savent plus les manier. On leur a foutu une tendeuse entre les mains et c’est fini. Or ce n’est pas la même approche du métier.»

Jean la remercie, elle nous offre la coupe de Jean, et nous nous mettons enfin, vers 15h, sur le chemin de La Ciotat. A la sortie d’Aubagne, plusieurs voitures nous klaxonnent en passant près de nous, auxquelles Jean répond d’un signe. Finalement, l’une d’elle s’arrête.
Ahmed, 35 ans, vient à notre rencontre : « On avait tout dans ce pays, mais depuis l’Euro, tout fout le camp. Est-ce que c’est une idée reçue ? Ce que je vois, c’est qu’on travaille pour rien, il ne nous reste rien à la fin du mois. Depuis l’âge de 18 ans que je travaille, je suis responsable logistique, d’origine marocaine, né à Aubagne. J’ai essayé de me mettre à mon compte. J’ai résisté 3 ans, mais j’étais écrasé par les charges. J’ai lâché. Il n’y a qu’un moyen : travailler pour les grosses boites. Maintenant je bosse pour PBO (peinture). En plus en France, dès que ça va pas, on cherche des boucs émissaire : c’est toujours de la faute de quelqu’un : les juifs, les arabes… »

Deux couples s’arrêtent également pour nous parler. Brigitte et Denis, puis Philippe et Maïté, deux jeunes retraités. Philippe, ancien responsable des entreprises de transport : « J’ai fait de la politique. J’étais UMP, j’avais ma carte. Mais là, j’y crois plus. De toute façon, tout le monde, pas que les politiques, ils n’en font qu’à leur gueule ! Vous c’est différent ! Putain, que je suis content de vous rencontrer. Bravo pour la démarche, j’adore ! » Jean leur propose de nous accompagner, ce qu’ils acceptent volontiers. Jean leur demande leur vision de l’avenir. Philippe nous répond : « L’avenir ? Tout le monde ne pense qu’à soi ».

Arrivés à Roquefort-la-Bédoule, Jean en profite pour se changer rapidement, sur un parking. Puis il s’assoit sur un trottoir et décide de donner la parole à ses accompagnateurs, qu’il écoute attentivement.

Denis commence : « — J’ai l’impression que le pouvoir a été confisqué par une nomenklatura. Le pouvoir de décision a été spolié aux français. Personnellement je m’en suis rendu compte lorsque je suis monté à Paris pour le boulot, j’étais policier dans le 16ème avant de devenir photographe.

C’est une véritable caste, ils restent entre eux, intervient Philippe.

En plus, on bafoue les valeurs de la République. Un exemple, la Légion d’honneur : dès qu’un sportif a une médaille, ou si je suis président d’une association de grande envergure, on me refile la Légion d’honneur. Mais ce n’est pas ça l’esprit de la Légion ! Ca me fout en émoi ! On bafoue un symbole de la République, qui s’est vidé de son sens. »

Jean évoque ses emprunts liés à la Marche, pour rester indépendant des partis politiques. « Jamais, si possible, ne dépendre de quelqu’un ou d’un parti. Sinon, surtout en politique, t’es grillé ». Il revient sur la résignation des français, et exhorte à investir dans l’intelligence collective pour recréer du lien.

Denis réagit : « On se plaint, parfois à juste titre, mais quelque part, on a abjuré notre citoyenneté ! On a laissé faire ! ».

La discussion en vient à l’aménagement du territoire, la perte des terres face à l’urbanisation, phénomène hallucinant, nous disent-ils, dans la région.

La marche reprend alors, sans Philippe et Maïté, qui nous quittent, heureux d’avoir pu échanger avec Jean. Un peu plus loin, Jérôme Orgeas, maire de Roquefort-la-Bédoule, nous rejoint et nous dit :

« Je ne pense pas que les communes disparaissent. Il faut que les communes gardent leur compétence urbanistique, financière. Ici, la problématique du transport est grande. Je suis pour la métropole, mais pas celle qu’on nous propose, voire même qu’on nous impose. 92 communes, c’est trop. Mais je suis quand même pour la mutualisation des moyens. »

Deux kilomètres plus loin, nous rencontrons Mireille Benedetti, ancienne Modem, et dorénavant élue UDI à la mairie de la Ciotat. Denis et Brigitte nous quittent à leur tour. Dans un lacet, un homme nous attend. Stéphane, inspecteur du permis de conduire à Aubagne, vivant à La Ciotat, nous parle de son métier. Jean le questionne sur le financement du permis, notamment pour les jeunes. Stéphane répond :

« — Il existe le permis à 1€ par jour ou bien des régions qui financent les permis. Avec le permis à 1€ par jour, les banques prêtent le coût du permis, l’Etat se porte garant et le jeune rembourse le prêt sur la base d’un trentaine d’Euros par mois, du coup . Mais ce n’est pas forcément très développé. Le permis est assez cher en ce moment, il faut compter dans la région entre 1 000 et 1 500 euros en formule de base. Mais les gens ont souvent besoin de prendre des heures de conduites supplémentaires. En moyenne je dirais qu’il faut environ 35 à 40 heures de conduite. La moitié le réussit dès la 1ère fois. Dans nos formations nous insistons sur l’autonomie et sur la sécurité. Mais le vrai problème, et c’est pour cela que je suis venu à votre rencontre, c’est pour repasser le permis. Ça change selon les régions, mais ici, c’est impossible pour les gens. Il y entre 4 et 6 mois d’attente.

Pour les jeunes des cités, c’est beaucoup plus dur de passer le permis ? lui demande Jean.

Nous avons mis au point un autre système ici. Parfois avec des interprètes, on le fait plus lentement, on revient sur les questions posées, mais l’examen lui-même est toujours en français. Les jeunes des cités le passent quand même de plus en plus, le permis. C’est indispensable aujourd’hui.

Et la perte de permis ? Notamment avec l’âge, ce n’est pas facile de le repasser non ?

On en vient au problème dont je voulais vous parler : il y a 1 300 inspecteurs en France. Il en manque 150, pas plus. Il ne faut surtout pas baisser le niveau du permis, sinon il y aura plus d’accidents. Mais il faut permettre de le repasser plus rapidement si on le loupe. 150 inspecteurs, ce n’est pas grand-chose, mais je suis convaincu que ça débloquerait beaucoup de choses. »

La fille de Mireille arrive avec ses deux enfants, Tom et Lou, qui remettent à Jean un dessin. Nous continuons ensemble la marche. Ghislaine, ancienne enseignante, responsable du mouvement « Colibris » de Pierre Rabhi nous rejoint en 4L et finit la marche avec nous avec bonne humeur. Laurent, fonctionnaire de la mairie nous rejoins pendant son footing. Nous discutons au fur et à mesure sur le vote blanc et une réforme du statut de l’élu.

Un légionnaire de la Légion Etrangère basée à La Ciotat vient à notre rencontre notre entrée dans la ville : « Bravo, vous, des comme vous, y en a pas beaucoup ! Les autres, ils ont saturé la classe politique. Je suis dans la légion, on se fait tirer dessus, français et étrangesr. En Afghanistan, on n’a pas des chaussures de bonne qualité, les semelles se détachent, on pourrait se faire tirer dans les pieds. L’armée est en pleine déperdition. Vous savez, les français en ont marre. Moi je travaille au pôle juridique à l’armée, je m’occupe de leurs droits face à l’impôt. Les gars, ils ne comprennent pas pourquoi on les taxe, alors que Cahuzac il n’est pas en prison ! ». Nous le saluons, et nous lui proposons de se retrouver au soir, lors de la réunion à la mairie. Nous continuons et entrons pour de bon dans La Ciotat.

Beaucoup de personnes nous rejoignent lors de notre traversée de La Ciotat et nous accompagnent pour le dernier kilomètre jusqu’à la mairie. Une collation est censée y être organisée en l’honneur de Jean.

Alors qu’il est près de 21h, la collation se transforme rapidement en réunion semi privée improvisée par certaines personnes de la mairie, à la Mairie. Jean présente sa démarche. Un homme, retraité, s’exclame : « Les politiques sont favorables au non cumul des mandats, mais surtout pas appliqué à eux, sur une autre échelle à la rigueur. Mais quelle honte ! Mais quelle démocratie ! »

Le légionnaire précédemment rencontré, officier juriste à la Légion Etrangère prend à son tour la parole : « Je me suis porté volontaire en Afghanistan. Je suis responsable également de la JAPD sur la région : j’ai toute la population jeune française qui défile. Les jeunes sont complètement perdus. 10% d’illettrés, même des Français à la peau blanche. Il y en a au moins deux qui ne savent pas écrire leurs nom et prénom dans la salle ! J’ai l’impression d’être en Union soviétique, et que tout s’écroule. Témoignage concret : un gars de la Légion, d’origine tunisienne, préfère quitter la Légion et retourner au pays parce qu’il a peur que ces jeunes garçons deviennent des racailles. C’est grave ! On est à deux doigts de l’embrasement total. D’ailleurs, tous les jeunes de 18 ans, une grande majorité, ne pensent pas que la France aura une guerre avec ses voisins, mais la grande majorité me dise qu’il y aura une guerre civile. La jeunesse que je vois défiler s’y prépare. »

Cette réunion improvisée se clôture à 21h30 avec les remerciements de Jean, qui mettent également un terme à une étape qui, comme le démontre ce long compte-rendu, aura été très riche en rencontres et en témoignages !

Mardi 1er Octobre : Aubagne - La CiotatMardi 1er Octobre : Aubagne - La Ciotat
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