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Mes chers amis,

Depuis plus d'un mois maintenant, je parcours les routes de France dans les départements du nord à la rencontre des Français, à la recherche de ces liens qui aujourd'hui nous manquent tant pour dessiner ensemble un avenir.

C'est ainsi que j'étais jeudi 9 Mai à la Fête de l'Humain à Avion à laquelle mon collègue et ami André Chassaigne m'avait invité. Cette rencontre a été très sympathique, et j'ai pu y constater à quel point nous menons des combats communs et partageons ensemble nombre de convictions.

J'ai ensuite été convié à une rencontre républiicaine avec des maires, dont celui d'Avion. Une dame chantait, merveilleusement bien. A tel point que je n'ai pu résister à me joindre à son chant. Avec elle et ceux qui étaient présents, nous avons partagé un moment très émouvant. La musique est un langage universel, je l'ai constaté une fois de plus.

J'ai poursuivi mon chemin vers Hénin-Baumont. Là aussi il y avait beaucoup d'humanité. Le député Philippe Kemel est venu gentiment à ma rencontre et nous avons pu échanger ensemble autour d'un verre. Le lendemain matin, je me suis rendu au marché, où nombre de personnes présentes m'ont reconnu et interpellé. Nos échanges ont été très agréables et intéressants.

Ma route m'a ensuite conduit à Lille, ville profondément marquée par son passé industriel et par les transformations qu'a connu notre économie en l'espace de quelques années. J'y ai pourtant senti un dynamisme et une volonté de se projeter vers l'avenir qui m'a touché et impressionné.

Nous avons marché de Lille à Tourcoing, en passant par Marcq-en-Baroeul, avec plusieurs amis. Un petit groupe de personnes nous a rejoint sur le parcours. Le soir, une rencontre citoyenne était organisée à la brasserie du Petit Quinquin à Tourcoing. Ce fut un moment d'échange où de nombreuses questions furent posées, autour de la Marche comme sur la situation du pays.

J'ai ensuite repris mon chemin en direction de Wasquehal,où j'ai eu le plaisir de rencontrer le maire ainsi que l'ensemble du Conseil municipal qui m'ont accueilli très chaleureusement. Profitant de mon passage, un petit groupe d'entrepreneurs est également venu à ma rencontre. Ils n'ont pas souhaités dévoiler leur identité mais m'ont autorisés à rapporter nos échanges. Ils tenaient à me voir, pour m'encourager et s'excuser de ne pas m'avoir davantage soutenu au moment de ma grève de la faim (2006). A l'époque, j'avais par cet acte voulu poser un signe, attirer à partir d'un exemple local l'attention sur ce le drame économique qui guettait notre pays.

"On aurait dû vous soutenir parce que vous aviez vu ce qui allait s'abattre sur nous. Peut-être qu'on aurait pu empêcher le multi-actionnariat et sauver nos entreprises!"

L'un d'eux m'a dit sa colère d'avoir perdu progressivement le contrôle de son entreprise du fait de l'actionnariat. "Je ne sais pas si je passerai sous capitaux belges, italiens, allemands ou chinois". Ils m'ont aussi dit leur très grande difficulté à maintenir le dialogue avec leurs comités d'entreprise, leurs syndicats, parce que cette incertitude permanente sape les bases de la confiance.

Finalement, dans cette configuration, personne n'est gagnant. Et j'ai été surpris d'entendre de la bouche de ces patrons le constat d'un manque de combativité des syndicats, qu'ils semblaient eux-mêmes regretter. Je les remercie d'être venus à ma rencontre et de m'avoir parlé de la sorte. J'en ai tiré nombre d'enseignements.

Le soir même, j'étais convié à la diffusion du documentaire de Jérôme Paleteau, la Saga des Conti, au cinéma le Méliès à Villeneuve d'Ascq. Le réalisateur m'a accueilli personnellement. Ce film plein de vérité était présenté ce soir là par l'association ATTAC. Il y a un réalisme dans le récit du combat des Conti pour obtenir une prime pour les 1200 licenciés de l'entreprise qui m'a profondément touché. Je le recommande à tous ceux qui souhaitent mieux comprendre le combat de ces hommes et de ces femmes.

Après la diffusion, un débat s'est tenu sur ces combats ouvriers, sur les relations entre les confédérations et leurs représentations locales. Ce qui ressortait là encore, c'était la baisse en intensité des luttes ouvrières, la résignation des ouvriers et des syndicats devant les cascades de plans sociaux et de fermetures.

Une question majeure évoquée fut de savoir comment déboucher sur des solutions différentes du désastre économique et humain auquel on assiste aujourd'hui.

Le lendemain, j'ai reçu une invitation transmise par un ami, à me rendre auprès des bateliers du Quesnoy-sur-Deule. Celui-ci m'avait accueilli très chaleureusement chez lui la veille au soir. Je n'ai pas hésité à modifier mon itinéraire pour aller à leur rencontre.

Sur les berges de la Deule, nous avons pu échanger sur les problèmes de la navigation fluviale. Ils m'ont fait part de leur incompréhension quant aux réticences de la France sur ce formidable moyen de transport, "sain et écologique", qui pourrait libérer nos autoroutes de tant de poids lourds. Ils m'ont appris que leurs commandes avaient chuté depuis plusieurs mois et regrettent à ce titre le choix qui a été fait de privilégier le chemin de fer. Selon eux, une partie du frêt pourrait passer par les voies fluviales et permettrait notamment de desservir Paris.

Nous avons également évoqué les problèmes de la pêche artisanale qui est dans un état de déshérence très avancé. Dans ce secteur non plus, il n'y a plus d'installation de jeunes. Leurs difficultés tiennent essentiellement au fait qu'on leur a imposé une règlementation très stricte qui ne s'applique pas aux pêcheurs d'autres pays européens.

Au terme de cette après-midi, je suis arrivé en Belgique, à Comines, où j'ai échangé avec le maire de la ville sur la situation belge et sur les relations entre nos deux pays. Il m'a notamment expliqué que 25 ans auparavant, dans sa ville, 20 000 belges allaient travailler en France. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Il m'est apparu qu'il attribuait cela au coût du travail en France.

Le fil, fragile, presque invisible, qui relie entre eux, ces hommes, ces vies, ces réalités, ces luttes, est parfois difficile à percevoir. Il existe pourtant.

Nous partageons une grande histoire, une grande responsabilité: celle de nos familles, celle de nos territoires, celle de notre pays et celle de l'Europe avec lui.

Nous partageons la conscience, nous partageons l'inquiétude et parfois le découragement. Nous partageons la colère, le sentiment d'impuissance devant les bouleversements de notre monde et la crainte de ne pouvoir assurer un avenir à nos enfants.

Nous partageons aujourd'hui le pire c'est vrai. Mais si nous partageons le pire, c'est qu'alors nous sommes capables de partager le meilleur.