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Mardi midi, après une coupure de 24h au Pays Basque afin de rendre un dernier hommage à Jacques Coumet, mon fidèle ami et ancien suppléant, me voilà de retour dans les Ardennes.

Monsieur Didier Herbillon, maire de Sedan, se libère et me reçoit très cordialement afin que je recueille son sentiment sur la ville et la situation en général. Nous montons un double escalier majestueux jusqu’à une salle magnifique. La mairie, construite en 1834 impose le respect. Malgré cet environnement, l’entretien est extrêmement chaleureux. Je joins à la fin de cet article quelques phrases retranscrites de notre entretien.

Nous prenons ensuite la route vers Mouzon. A Douzy, à ma demande, je rencontre Emmanuel Jacquemin, élu rural, qui a entamé une grève de la faim il y a quatre jours pour se battre contre la fermeture de classes d’école et, d’une manière générale, contre le départ des services public des campagnes. On sent une flamme dans ses yeux, celle du combattant, celle de celui qui ne veut pas plier l’échine. J’aime cette idée. Je l’encourage et le conseille.

France 3 couvre cette entrevue qui se déroule sur la place de la commune de Douzy, où l’on perçoit au passage tous les efforts consentis pour faire de cette commune un lieu de vie agréable et attirant les touristes.

Après cette rencontre, je termine cette journée en arrivant sur Mouzon à l’heure de la sortie de l’usine Arcelor, vers 21h30. Je m’approche des ouvriers. Ceux-ci me donnent l’espoir. Ils sont heureux de travailler, aiment leur métier et semblent confiants en l’avenir.

C’est plein d’entrain et ragaillardi par cette belle rencontre que je rejoints notre gite où nous dinons tardivement grâce à la bienveillance de la gérante, en compagnie de deux amis qui m’ont accompagné jusqu’au bout de cette journée.

En compagnie de Monsieur Emmanuel Jacquemin

En compagnie de Monsieur Emmanuel Jacquemin

Entretien le Maire Sedan, l'adjoint au Maire et la première secrétaire.


« - Vous voyez ces tapis, ils sont d’une qualité unique, tissés des deux côtés, on en a livré dans les cours du monde entier, au Vatican notamment. Et maintenant, plus rien, le fleuron de l’industrie locale a fermé. Bon alors, comment ça se passe votre marche ?

-JL : Bien, j’ai rencontré des centaines de personnes. Et vous savez ce qui revient le plus ? Ils me demandent « Monsieur le Député, dites-leur ce qu’on vous dit. Vous, vous faites cette démarche, alors répétez ce qu’on vous dit, on a beau le dire à nos représentants, on ne les entend jamais remonter nos problèmes. ». Et vous savez ce qui m’a frappé le plus, Monsieur le Maire ? C’est qu’ils nous détestent, nous les politiques, et les élites en général, et ils le disent sans détour.

- Oui, les citoyens ne se sentent plus écoutés. Depuis le rejet du vote sur le Traité Constitutionnel Européen et le déni de démocratie – on n’a pas du tout pris en compte le fait que les Français et les Néerlandais ont voté contre ! – ils pensent qu’ils ne comptent plus. D’un autre côté, la parole des Députés n’est plus libre, ils sont aussi plus au moins encadrés par les partis politiques, qui verrouillent les propos qu’on peut tenir ou non…

- Comment tu fais pour être la caisse de résonance du désespoir des Français, ça doit être dur de garder la foi. Comment tu fais après ça pour continuer à faire de la politique ?

- Il était indispensable que je pose un signe positif fort. Je suis persuadé qu’il y a d’autres solutions à trouver, des nouvelles voies possibles. Il faut réécouter le peuple en dehors des campagnes électorales, là ce n’est pas crédible sinon. Vous savez, je ne multiplie pas les pains, je ne marche pas sur l’eau non plus. D’ailleurs j’ai essayé dans la baie de Somme et je me suis cassé la gueule au bout de 2 mètres. Mais j’ai foi dans la politique et l’intelligence collective, l’intelligence du peuple".

Entretien avec Jean-Yves, gardien de la mairie :

« Monsieur Lassalle, vous êtes un grand homme. Vous vous êtes battu pour maitnenir les emplois dans votre vallée. Vous me demandez ce que je pense de la situation actuelle… Nos anciens se sont battus pour la liberté et l’égalité. L’égalité, on n’en a plus. La liberté, on en a de moins en moins. Et la fraternité, j’en parle même pas. A force, ça va péter, un nouveau mai 68 se prépare. On divise tout le monde. Les travailleurs qui se lèvent tous les matins, on leur en prend de plus en plus. Je suis gardien ici moi, je ne paye pas de loyer, j’ai un travail, je suis privilégié. Et pourtant, à la fin du mois, il ne me reste plus grand-chose. Et le manque de reconnaissance envers les salariés est terrible. Le problème fondamental c’est l’Europe. Aujourd’hui on fait rentrer dans le circuit des pays avec des salaires bien plus bas qu’en France. Alors il faut pas être mathématicien ou économiste pour comprendre qu’à terme, dans dix ou quinze ans, les salaires ici vont baisser, et les entreprises reviendront ensuite. Vous savez, moi j’ai fait un vote en 2012 et j’ai été déçu. Alors la prochaine fois, je voterai blanc. Je ne me dirigerai pas vers les extrêmes, mais beaucoup vont le faire.