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Mes amis,

J'ai souhaité vous faire partager le témoignage d'une personne qui m'a accompagné dimanche dernier sur les routes du Pas-de-Calais. Ces quelques mots m'ont beaucoup touché.

Du fond du cœur, je l'en remercie.

Monsieur le Député Lassalle, mon cher Jean,

Tu m’excuseras, je pensais pouvoir écrire notre périple hier soir après t’avoir quitté mais je suis arrivé chez ma sœur à Condette, j’ai mangé un bon plat de pâtes et je me suis écroulé. Tu devais encore être en train de marcher pour atteindre le Portel pour y passer la nuit. Ou trouves-tu cette énergie ? Que le lecteur de ces lignes ne se méprenne pas, je te tutoie mais je ne te connais que depuis même pas deux jours. Mais tu es tellement proche, tu mets tellement à l’aise que le tutoiement a été tout naturel.

Nous avons fait connaissance dimanche soir. Je savais que tu étais arrivé à Etaples sur mer pour y passer la nuit. Tu voulais dîner avec des citoyens. Je suis venu et nous avons partagé la soupe de poisson. Tu nous as expliqué ta démarche, ta volonté de rencontrer les gens, de les écouter, de discuter avec eux, de les comprendre et d'essayer aussi de trouver avec eux des solutions nouvelles à la situation mauvaise qui touche le pays. J’ai compris cette démarche, j’y ai été sensible. Un geste somme toute très simple, citoyen et républicain mais tellement courageux. Et lorsque j’ai su que ton parcours du lendemain irait d’Etaples au Portel en passant par Condette, je ne pouvais pas faire autrement que de te proposer de t’accompagner sur un bout de ton chemin. Tu allais partir d’Etaples sur mer, ma ville maternelle et passer à Condette, mon village paternel. C’est le coin de la Terre que je connais le mieux au monde, il fallait que je sois du voyage. Il fallait que je te raconte les arbres, les champs, les animaux, les collines, les ruisseaux, les dunes et la mer, et même le ciel qui a donné son nom à cette côte magnifique, surnommée par Victor Hugo, la Côte d’Opale à cause des reflets majestueux que l’azur prend au moment du coucher du soleil. Je connais aussi très bien l’histoire de cette terre, les épisodes tragiques qui s’y sont déroulés. Il fallait que je te raconte tout cela, chemin faisant. Tu voulais rencontrer des gens et des territoires. J’allais te raconter mon territoire, te servir de guide pour sa géographie et son histoire. Pour les gens, j’avais tout de suite saisi que tu n’aurais besoin de personne. Comme pour moi, le contact allait se faire le plus naturellement du monde. Cela s’est vérifié toute la journée.

Je t’ai retrouvé sur le boulevard à Etaples, près du port, tu t’étais arrêté à la Voix du Nord, passer le bonjour. J’ai reconnu ta grande silhouette de berger avec ton grand manteau noir, ton écharpe rouge et ton béret basque. Tu portais aussi le costume et la cravate. Et nous avons commencé notre périple. Sur la route de Boulogne à la sortie d’Etaples, nous avons entendu les premiers coups de klaxons qui te saluaient et des personnes se sont arrêtées pour te rencontrer. Un entrepreneur en bâtiment à la retraite, empli d’émotion, est venu te dire toute l’admiration qu’il avait pour toi, pour le combat que tu avais mené pour les ouvriers dans ton Béarn natal. Il voulait simplement te saluer de citoyen à citoyen. Et une conversation s’est engagée entre lui et toi. Quelle était sa vie, quel métier exerçait-il, comment se portait sa famille, comment il voyait la situation de la France, et surtout, comme à chaque fois, tu interrogeais sur l’espoir qu’il avait dans le pays malgré tout.

Je t’ai ensuite fait découvrir le cimetière britannique d’Etaples, un des plus grands du Commonwealth pour la 1ère Guerre Mondiale avec 11 500 sépultures. Tu as voulu parcourir les tombes des jeunes hommes venus de tout l’empire britannique et qui sont morts dans les champs de bataille du Pas-de Calais, du Nord et de la Somme. Il y a bientôt un siècle. Pour notre liberté. Tu m’as dit que grâce à l’Europe, nous avions dépassé ces antagonismes meurtriers sur notre continent mais qu’il fallait être attentif chaque jour pour maintenir l’amitié entre les peuples.

Nous avons continué notre chemin, nous avons aperçu l’estuaire de la Canche et la ville du Touquet au loin. Et nous avons atteint Camiers. La traversée de cette ville a été tout bonnement incroyable. C’est là que j’ai vraiment compris le sens de ta démarche. Tu as pu discuter avec les citoyens de Camiers, engager des discussions franches, sans concession, mais fraternelles et faîtes d’admiration réciproque. Et la caméra de France 2 n’a rien changé à la spontanéité et à la générosité qui caractérisent tant les gens du Nord et que j’avais découvertes chez toi la veille au soir.

Nous avons continué vers Dannes. Nous avons longé le champ où se situait le camp de concentration de Dannes-Camiers, il n’y en a plus aucune trace aujourd’hui. Je t’ai dit que des juifs avaient été déportés ici pour construire le Mur de l’Atlantique, que beaucoup étaient morts là, si loin de leurs terres d’origine et que beaucoup aussi avaient été déportés de la gare de Dannes-Camiers vers les camps de la mort. Je t’ai aussi parlé du chemin des juifs qui longe la côte, c’était le chemin en béton qui les menait à la mer pour construire les blockhaus. Je t’ai parlé du travail de mémoire nécessaire, des recherches que je menais sur le sujet et tu m’as encouragé à continuer, en m’expliquant que toi-même tu t’étais engagé, en mémoire de ton père, pour que soit conservé le camp de Gurs dans les Pyrénées atlantiques.

Nous avons poursuivi notre route à travers la forêt d’Hardelot et avons atteint Condette. Il était déjà tard. Tu as encore pu rencontrer quelques citoyens. Tu avais encore la même curiosité, la même envie de discuter avec eux, malgré les heures de marche. Et ton chemin du jour n’était pas terminé, il te fallait encore traverser la forêt d’Ecault, te diriger vers Equihen, puis le Portel où tu devais passer la nuit. Nous avons pris un café au Vieux Clairon avant notre Au Revoir. A nouveau, tu as voulu connaître les sentiments, les ressentis de la patronne du lieu et de son amie. Et à nouveau, comme pour presque toutes les autres personnes de la journée, j’ai ressenti chez elles une indignation, une colère sourde mais une envie inouïe que cela change, une résignation qui pourrait envahir l’esprit mais que chacun et chacune veut combattre. Et finalement un espoir.

Les Français sont ainsi, ils sont nés libres, égaux et fraternels, de facto. Ils ont cela au plus profond d’eux. C’est leur héritage le plus précieux. Ils ne peuvent accepter ce qui arrive à la France, leur cher pays. On a le sentiment d’une incompréhension générale par rapport à la situation de la nation. La résignation pourrait être un refuge facile, ils ne l’acceptent pas. Ils veulent le meilleur pour la France. Ils ont chacun, à la fin, une énergie, au fond d’eux, incroyable. Ils pourraient avoir envie de cultiver leur jardin mais leur jardin aux Français, c’est la France et, malgré tout, ils veulent creuser le sillon ensemble, apporter leur pierre à l’édifice commun. Ils partagent ta volonté de trouver une solution à ces maux, ils partagent ton optimisme. Même si la solution n’est pas simple à trouver.

J’ai été heureux de parcourir ces kilomètres avec toi. J’ai compris beaucoup de choses auprès de toi. J’ai eu des réponses à certaines de mes questions, les mêmes que les tiennes et que celles des personnes que nous avons rencontrées. Cela aura été un parcours initiatique pour moi, comme il l’est sûrement pour toi. Et comme, nous l’espérons, il le sera pour la France, son peuple, sa démocratie, sa République.

Marche, Jean, marche, car tu es la France. Et nous sommes la France, avec toi.

Gonzague.

Un dimanche de printemps sur la Côte d'Opale