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Bonjour à tous,

Après une journée de marche depuis Villeneuve-d’Ascq, je suis arrivé mardi soir à Orchies, une commune de 8000 habitants du département du Nord.

J’ai notamment pu y faire la rencontre de Jean-François et Corinne, deux travailleurs handicapés de l’ESAT de Lille-Fives venus à ma rencontre avec leur directrice et une accompagnatrice. Au cours de l’entretien, nous avons notamment pu évoquer les problèmes auxquels ils sont confrontés et les difficultés d’insertion qu’ils connaissent. Ce fut un moment d’échange très fort.

Hier, en repartant d’Orchies, j’ai voulu découvrir l’endroit où est fabriqué ce fleuron du patrimoine français que me servait ma mère le matin : la chicorée Leroux.

En l’absence d’Olivier Hermand, le directeur du site, j’ai été reçu par Michel Herlin, responsable de production. Il m’a résumé les 150 années d’existence de la société Leroux : ses fondateurs, son développement, ses cinq générations de propriétaires. Leroux a par ailleurs sponsorisé l’équipe d’Anquetil, le RC Lens, ou les demoiselles de Valenciennes-Orchies. En 1990, les deux derniers membres de la famille ne disposaient pas d’héritiers, et ne voulant pas vendre, ils ont décidé de céder la société sous forme associative (il n’existe en France que deux sociétés de ce type).

La chicorée, dont seule la racine est utilisée, est cultivée dans l’aire du triangle Dunkerque-Calais-Saint Omer, où les sols sont très légers, ce qui facilite le nettoyage des racines. Il s’agit du seul territoire qui produise cette plante, dont la production est soit distribué en France, soit expédiée dans de nombreux pays. Le groupe Leroux possède à lui deux usines, la seconde étant située à Bilbao. Celle d’Orchies occupe à elle seule 180 personnes !

Je reprends dès à présent ma route en direction de Valencienne. Très bonne journée à tous,

Amicalement,

Jean Lassalle

sur le site de production de la chicorée Leroux à Orchies

sur le site de production de la chicorée Leroux à Orchies

en compagnie de Jean-François et Corinne, deux travailleurs handicapés de l’ESAT de Lille-Fives

en compagnie de Jean-François et Corinne, deux travailleurs handicapés de l’ESAT de Lille-Fives

Extrait de l'entretien avec les travailleurs handicapés mentaux, Orchies.


Directrice de l’ESAT : Le plus dur, ce qu’il faudrait changer, c’est vraiment le regard des gens sur les travailleurs handicapés. Le manque de confiance, la peur qu’ont les personnes « classiques » envers les handicapés, ce sont des choses terribles pour eux. La société n’évolue pas du tout, ou très peu, on ne fait rien pour changer ce regard-là. Je sais bien que le problème est complexe, on a autant de situations particulières que de personnes handicapées, les handicaps peuvent être plus ou moins lourds, plus ou moins invalidants. Mais dans tous les cas, beaucoup refusent de sortir à cause de la peur qu’ils ont du regard des autres. Jean-François par exemple est en foyer, une structure socialisante qui doit l’inciter à aller au-delà de cette peur, à assumer sa différence et se confronter au monde extérieur. Malgré cela, c’est une véritable épreuve pour lui. Alors imaginez les personnes qui ne sont pas en foyer, qui vivent seules, elles sont totalement isolées.

Jean Lassalle parlait de la montée de l’individualisme tout à l’heure, nous la vivons tous, nous remarquons tous que nous sommes de plus en plus renfermés sur nous-mêmes. Ajoutez à cela une situation de handicap et vous pouvez être sûrs que l’isolement sera encore plus dur. Enfin, la question du revenu joue aussi. Le montant de l’AAH (Aide Adulte Handicapé) s’élève à 770€. Si vous n’avez pas de revenu complémentaire et que vous ne vivez pas chez vos parents – c’est le cas d’une majorité d’adultes handicapés – c’est très compliqué de vivre décemment et de pouvoir sortir, ne serait-ce que pour aller à la foire de Lille par exemple.

Jean-François, travailleur handicapé : ce qu’il faudrait faire, c’est comme dans les autres pays européens, intégrer les handicapés dans des entreprises classiques.

Directrice : Les ESAT (Etablissement de Service d’Aide par le Travail) ghettoïsent les travailleurs handicapés. Ils sont indispensables mais ne remplissent pas pleinement le rôle d’intégration qui est le leur. Et en même temps, on comprend que dans les entreprises, la notion de rentabilité est primordiale. Or, il faut un accompagnateur avec chaque travailleur handicapé. Vous vous pensez capables de travailler totalement seuls ?

Corine, travailleuse handicapée : Non, je pense qu’il faudrait quelqu’un qui nous aide, qui nous montre. J’aurais peur d’être toute seule, de ne pas savoir faire.

Directrice : Sur un handicap physique, je ne dis pas que c’est plus facile, mais on peut adapter un poste de travail. Sur un handicap mental, la prothèse c’est l’humain. Et puis il y a aussi la problématique des maladies mentales, différentes de celle des handicaps mentaux. Une maladie mentale, malheureusement, peut rendre la personne instable, et l’empêcher de travailler. Certaines pathologies mentales, par exemple, font qu’ils ont du mal à s’adapter au cadre temporel des entreprises, se plier à des horaires fixes.
Ce qu’il faudrait, c’est avoir plus de foyers et plus d’ESAT. Aujourd’hui on a une liste d’attente d’une soixantaine de personnes pour rentrer au foyer. Seulement, une place se libère uniquement lors d’un décès, d’un départ à la retraite ou d’une démission (la présence en foyer nécessitant obligatoirement d’avoir une activité au sein d’une entreprise ou d’un ESAT). On a un turn-over d’une dizaine de places par an à peu près. L’attente est moins importante qu’il y a dix ans mais des efforts considérables sont à fournir.