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Sixième jour de marche entre Saint-Just-en-Chaussée et Ansauvillers (60)

Mes amis,

Avant de continuer mon chemin ce mardi 16 avril 2013, je vous livre le bilan de ma journée d’hier et de ma matinée, ainsi qu’une image de mon itinéraire.

Hier, le départ a été très émouvant. Nos hôtes du gîte « Le Temps d’un rêve » à Saint-Just-en-Chaussée ont été très intéressés par ma démarche, et m’ont spontanément aidé à rencontrer le Maire de la commune. Ils ont également téléphoné à Olivier Dassault pour le prévenir de ma présence dans la commune. D’ailleurs, je dois préciser que lorsque je suis parti de l’Assemblée nationale, mercredi 13 avril, je n’avais préparé mon itinéraire pour les prochains jours, je le fais au fil du chemin, au gré de mes rencontres. Ne voulant pas ennuyer les élus locaux, je n’ai pas jugé opportun de les prévenir dans un premier temps. Voyant que les maires des villages que je traverse me proposent de les rencontrer, je vais à présent avertir les autorités locales de mon passage sur leur commune ou circonscription.

J’ai ainsi rencontré le maire de Saint-Just-en-Chaussée, accompagné d’une de ses collaboratrices, et en présence d’une journaliste local. Nous avons eu un très bon échange, et Monsieur le Maire m’a fait part de sa préoccupation majeure – celle de beaucoup de maires partout en France d’ailleurs – à savoirla difficulté de conserver un tissu économique et social sur sa commune. Tout ce territoire que nous traversons, qui a vu tant d’emplois disparaître, est très frappé par la crise. Toutefois, j’ai senti à quel point c’était un maire passionné, voulant aller de l’avant et continuer à maintenir la vie sur sa commune.

Je me suis arrêté un peu plus loin au « Café de la Paix » où j’ai eu, le temps de boire un peu d’eau, un échange avec les tenanciers sur l’avenir incertain de leur café-restaurant. Ils vont bientôt être à la retraite et leurs enfants ne veulent pas reprendre l’affaire familiale alors qu’elle fonctionne bien. Leurs préoccupations concernent surtout l’augmentation de la TVA pour les restaurateurs, le coût de la main d’œuvre pour ce secteur où les employés font énormément d’heures, la partie bar qui ne fonctionne plus autant qu’avant. J’ai même eu la chance de rencontrer leur fille qui m’avait reconnu !

Après cette halte, je me suis remis en chemin, en quête d’une nouvelle paire de chaussure car les dernières ont été très abimées par les pluies diluviennes des premiers jours, et elles commençaient à me blesser sérieusement les pieds. J’ai dû marcher encore quinze kilomètres pour pouvoir trouver une pharmacie, et n’ai même pas pu trouver chaussure à mon pied dans les quelques boutiques que nous avons croisées. A la sortie de Saint-Just-en-Chaussée j’ai été un peu soigné par le Centre de Secours, pour pouvoir continuer à marcher jusqu’à mon prochain objectif : Wavignies.

Dans cette petite commune, j’ai été frappé par le nombre de jeunes qui allaient au café, faire des jeux à gratter, jouer au PMU, acheter un peu de tabac ou boire un coup. Monsieur le Maire est venu à ma rencontre, avec une partie du conseil municipal qui était réuni pour préparer le budget. Ils m’ont exposé la situation de leur commune, ils m’ont parlé du cruel manque d’emploi dont souffrent les habitants. Nous avons fait des photos, et ils ont été très enthousiastes par l’idée de refaire des cahiers de doléances.

J’ai ensuite fait une erreur d’aiguillage et en prenant la direction Thieux, au lieu de me rendre à Ansauvillers. Cela m’a permis de rencontrer des habitants très sympathiques, qui m’ont permis de charger un peu mon téléphone à leur prise, avant de repartir en pleine nuit 4 km en arrière vers le gîte « Le Cèdre Bleu » où j’ai passé la nuit. Yohan avait acheté une pizza que nous avons mangée à une heure de matin avant de nous coucher. Il me restait d’ailleurs énormément d’appels téléphoniques à passer et de courriers à signer.

Enfin, ce matin, avant de repartir vers Breteuil, je suis passé chez le pharmacien d’Ansauvillers qui m’a soigné. Une infirmière libérale m’a parlé de la maison de la santé qui va être construite 15km plus loin et qui va concentrer tous les médecins de la région. Les habitants et les élus locaux ont une très grande appréhension, celle de voir les médecins de proximité s’éloigner tant de leur domicile. Madame le Maire, qui m’a gentiment reçu, m’en a parlé elle aussi. La destruction du lien social que représente ce départ est préoccupant. Elle a aussi évoqué, avec beaucoup d’émotion, l’extrême paupérisation de la population de ces communes rurales. Malgré tout, elle est fermement décidée à se représenter aux élections municipales, elle aime sa fonction de Maire et l’engagement que cela nécessite.

Après ces quelques mots, je reprends ma route en direction de Breteuil, où je continuerai de vous livrer quelques impressions et le bilan de mes rencontres.

A bientôt,

Jean Lassalle